
Libreville,le 5 novembre 2026-(Dépêches 241) Au quartier Lac Bleu, à Libreville, les opérations de libération des emprises prennent des allures de drame social. Derrière les projets d’élargissement des routes et de construction d’un bassin versant, plusieurs familles dénoncent une gestion confuse des démolitions, des décisions contradictoires et une dégradation brutale de leurs conditions de vie. Entre maisons éventrées, biens abandonnés dans la boue et incertitude sur leur avenir, les populations concernées paient un lourd tribut à la modernisation urbaine.
Plus de 161 habitations dans le flou
À l’origine de la confusion, deux listes de logements concernés par les opérations : une première recensant 53 habitations, suivie d’une liste additive de 108 maisons, soit plus de 161 logements potentiellement affectés. Mais les habitants dénoncent surtout l’absence de visibilité sur le sort de leurs habitations. Certains affirment avoir été informés de démolitions imminentes avant d’apprendre, quelques heures plus tard, que leurs maisons étaient finalement épargnées. Sur plusieurs façades, des inscriptions telles que « TP 45 » et « CCD 45 », accompagnées d’une croix bleue, alimentent également les interrogations sur les critères de sélection.
Des familles contraintes de vider leurs maisons pour rien ?
Le plus préoccupant reste le traitement réservé à certains ménages. Selon les témoignages recueillis sur place, des habitants auraient reçu, en journée, l’information selon laquelle leurs maisons figuraient parmi celles à démolir. Prenant ces indications au sérieux, ils auraient commencé à sortir meubles, matelas et effets personnels. Puis, vers 18 heures, nouveau revirement : leurs habitations ne seraient finalement plus concernées. En quelques heures, la peur de tout perdre a laissé place à la confusion et au désarroi. Pour ces familles, le mal est pourtant déjà fait : leurs foyers ont été vidés dans la précipitation, sans certitude sur ce qui allait suivre.
Des biens dans la boue, des maisons fragilisées
Sur le terrain, les conséquences sont particulièrement visibles. Matelas, vêtements, cartons et ustensiles de cuisine se retrouvent abandonnés à même le sol, parfois dans la boue et sous la pluie. Des objets qui constituaient l’intimité de familles sont désormais exposés aux intempéries. À cette précarité s’ajoutent, selon les habitants, l’arrachement de compteurs d’eau et d’électricité ainsi que la suppression de certains accès.
Même les habitations qui ont échappé aux démolitions ne sont pas toutes épargnées. Toitures arrachées, murs éventrés et installations électriques exposées : plusieurs logements présentent des dégradations qui compromettent les conditions de sécurité de leurs occupants.
« On va dormir dans le noir » : des familles livrées à elles-mêmes
Pour les ménages qui continuent d’occuper ces habitations fragilisées, le quotidien ressemble désormais à une épreuve. Comment protéger ses enfants lorsque la toiture ne garantit plus un abri ? Comment vivre sereinement lorsque les installations électriques sont exposées et que l’eau ou l’électricité viennent à manquer ? « On va dormir dans le noir », lâche une habitante. Une phrase brève, mais révélatrice de l’angoisse de familles qui ne savent plus dans quelles conditions elles passeront les prochaines nuits.
La modernisation urbaine peut-elle justifier une telle détresse ?
Le paradoxe est saisissant : des travaux présentés comme un moyen d’améliorer le cadre de vie semblent, pour certaines populations, produire l’effet inverse. Les habitants ne rejettent pas nécessairement les projets d’aménagement routier et d’assainissement. Ils réclament plutôt une communication claire, des décisions cohérentes et des mesures d’accompagnement adaptées aux conséquences des opérations.
Dès lors, plusieurs questions restent sans réponse. Qui assumera les conséquences des informations contradictoires dénoncées par les habitants ? Quelles dispositions seront prises pour les familles dont les logements ont été détruits ou rendus inhabitables ? Et surtout, quelles solutions concrètes seront proposées à ceux qui ne disposent plus de conditions de logement décentes ?
Au Lac Bleu, derrière les engins de chantier, il y a des familles, des enfants et des vies bouleversées. L’élargissement d’une route ou la construction d’un bassin versant peuvent répondre à un impératif d’intérêt général. Mais cet impératif ne devrait pas faire oublier ceux qui en subissent directement les conséquences. Car une ville peut se moderniser sans que ses habitants soient condamnés à perdre leur toit, leur sécurité et leur dignité.







