Gabon : le camp Ali Bongo accuse Oligui Nguema d’immixtion dans la crise du PDG

La dernière sortie d’Ali Akbar Onanga Y’Obeghe, suite à la réception du PDG, tendance Louembé, au palais présidentiel, est sans appel. Il accuse Oligui d’ingérence dans les affaires internes du parti. . © Dépêches 241

Libreville, le 6 novembre 2026-(Dépêches 241) Au lendemain de la convocation du parti démocratique gabonais ( PDG) par Brice Clotaire Oligui Nguema à la présidence de la république, conduite par Blaise Louembé, le camp fidèle à l’ancien chef de l’État n’a pas tardé à réagir. En effet, le samedi 31 octobre en fin d’après-midi, Ali Akbar Onanga Y’Obegue, secrétaire général de l’aile du parti restée loyale à Ali Bongo, a publié sur Facebook une longue tribune intitulée « Laisser vivre les partis ou renier la restauration ». L’ancien Ministre y accuse le chef de l’État d’avoir quitté sa position d’arbitre en apportant un soutien institutionnel à l’une des deux factions qui se disputent l’ancien parti au pouvoir. Car selon lui cette invitation se donne à voir non plus comme un soupçon, mais comme une immixtion directe du chef de l’état dans les affaires internes du PDG.

Cette audience à la présidence intervient dix jours après une initiative d’Ali Bongo à la réconciliation. En effet, le 20 octobre, l’ancien chef de l’État et président statutaire du PDG avait proposé aux militants « une voie de dialogue et de rassemblement », rappelle Onanga. Deux jours plus tard, le 22 octobre, le camp Louembé annonçait son congrès, prévu du 27 au 29 novembre. Reçus au palais deux jours avant la tribune, Blaise Louembé et une importante délégation de responsables et militants avaient appris que le chef de l’État était disposé à « accompagner cette formation politique dans la préparation » de ses assises. Pour Onanga, l’enchaînement est sans équivoque : « La réponse raisonnable consistait à ouvrir une discussion sur les conditions d’une réunification respectueuse des textes. Elle n’est pas venue. »

Le secrétaire général du camp Bongo consacre une large part de son texte à ce qu’il considère comme une confusion entre l’autorité présidentielle et la légitimité interne d’un parti.car il considère que « La Présidence n’est pas une instance d’investiture », lance-t-il, jugeant qu’aucune audience ne peut décider quelle direction du PDG serait juridiquement valable. « La légitimité partisane se détermine par les textes applicables, par les décisions régulièrement prises et, lorsque le contentieux l’exige, devant les juridictions compétentes. Une audience ne remplace aucune de ces procédures. La proximité avec le pouvoir ne régularise aucun acte », argumente-t-il.

Cette crise ne serait toutefois pas seulement de nature juridique. Onanga redoute que l’épisode serve de levier pour faciliter la réinsertion des cadres du PDG dans les nominations publiques. « Les fonctions de l’État ne sauraient devenir la récompense d’un alignement dans un conflit partisan », prévient-il, avant de poser une question qui résume sa thèse : « Quelle liberté de décision restera-t-il à un parti si son fonctionnement, son congrès et les carrières de ses cadres paraissent dépendre de la bienveillance du chef d’une formation concurrente ? » Il dénonce au passage toute conception héréditaire du PDG,  tout en estimant que le parti appartenant à ses militants « ne saurait non plus être placé « sous la tutelle d’un pouvoir extérieur ».

C’est surtout sur sa lecture du coup d’État du 30 août 2023 que le texte touche sa charge politique la plus sensible. Le compte rendu de l’audience attribue au chef de l’État cette explication : le coup de force aurait été dirigé contre Ali Bongo Ondimba, son épouse et son fils, plutôt que contre le PDG. « Une rupture de l’ordre constitutionnel, justifiée devant la nation par une promesse de restauration des institutions, ne peut ensuite être ramenée à une confrontation avec une famille », rétorque Onanga. Et d’adresser une question directe au pouvoir : « Et si ce coup de force ne visait pas le PDG, pourquoi le pouvoir s’emploie-t-il aujourd’hui à en prendre le contrôle ? »

Au terme de sa tribune, le secrétaire général de l’aile bongoïste esquisse deux scénarios qu’il dit craindre : « un PDG maintenu sous cloche par une direction docile, ou un PDG poussé à l’implosion par le découragement de ceux qui y sont restés par conviction ». À moins d’un mois du congrès annoncé par Blaise Louembé, cette prise de position relance le bras de fer autour du parti héritier du régime renversé en 2023 et confronte ouvertement le camp de l’ancien président au pouvoir de Libreville, alors que celui-ci multiplie les signaux d’apaisement envers l’ancienne majorité. La réponse du camp présidentiel reste, à l’heure où nous écrivons, attendue, et nos colonnes ouvertes. 

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