Gabon: une société civile pro régime qui oscille entre manipulation et opportunisme 

Muets comme des carpes à la libération des Bongo et sur plusieurs faits pendant la Transition, la société civile version Oligui Nguema brille par ses postures sélectives et hypocrites © Capture d’Ecran JT Gabon 24

Libreville, le 7 juillet 2025-(Dépêches 241). La société civile gabonaise semble sous le feu des critiques depuis sa récente prise de position publique en faveur du Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, dans l’affaire des plaintes déposées contre lui par les membres de la famille Bongo. Ce retournement de posture soulève des interrogations d’autant plus vives que ces mêmes organisations s’étaient illustrées par un silence pesant lors de la libération, dans une discrétion quasi-totale, de Sylvia Bongo Valentin et de son fils Noureddin Bongo Valentin. Une libération perçue par une frange importante de la population comme une trahison du devoir de justice attendu après des années de souffrances infligées sous le régime déchu.

Alors que l’on pouvait s’attendre à une dénonciation forte et publique de la libération controversée de l’ex famille présidentielle, la société civile s’est murée dans un mutisme troublant. Aucun communiqué, aucun mot pour les victimes du régime Bongo, ni pour rappeler la nécessité d’un processus judiciaire exemplaire et transparent. Ce silence, vécu comme une abdication morale, tranche singulièrement avec la mobilisation actuelle d’une partie de cette même société civile, vent debout contre les plaintes déposées par les ex-détenus à l’encontre du Président de la république, chef de l’État, Chef du Gouvernement, Brice Clotaire Oligui Nguema.

Pourtant, les conditions décrites dans ces plaintes, notamment les détentions arbitraires, les privations, les mauvais traitements, les tortures, ne sont pas différentes de celles que dénoncent, depuis des décennies, de nombreux prisonniers incarcérés dans les geôles gabonaises, notamment à la prison centrale de Libreville ou dans les autres lieux de détention des prévenus.

Il devient alors difficile de ne pas y voir une posture sélective et hypocrite. En prenant fait et cause pour Oligui Nguema, la société civile donne l’impression d’avoir abandonné son rôle de contre-pouvoir pour se transformer en un instrument servile et au service du nouveau régime. Cette prise de parole, maladroite et orientée, est une preuve supplémentaire que certains de ses membres, désormais bien placés dans les hautes sphères de l’administration, ont fait le choix de la transhumance politique, oubliant les principes mêmes de la lutte citoyenne qu’ils prétendaient incarner.

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Selon de nombreux observateurs, derrière cette prise de position se profile une stratégie de survie politique fondée sur la loyauté envers le pouvoir actuel et la préservation de leurs prébendes, plutôt que sur la défense des droits fondamentaux des Gabonais. Le discours sur les valeurs et la justice sociale est ici dévoyé au profit d’intérêts personnels. La société civile, jadis espoir d’une parole libre, se vautre désormais dans les jeux de Cour, les arrangements d’arrière-boutique et les déclarations creuses, entretenant une confusion volontaire entre critique légitime et allégeance intéressée. Une position soutenue par un compatriote en l’occurrence  Joël Claincy Mapangou Mapangou qui a dénoncé une société civile de service et servile. « Durant 20 mois de transition, les principales préoccupations de la pseudo Société civile étaient la préservation de leur strapontin de poste. Aucune conférence de presse sur la situation des victimes post-électorales ni des bavures commises par les agents de force de défense et de sécurité ôtant la vie à plusieurs compatriotes. Alors que j’espérais qu’ils se taisent à jamais, je suis surpris qu’ils refassent surface », a-t-il dénoncé sur Gabon Média Time.   

Au regard de ce qui précède, ce nouvel épisode met en lumière l’effondrement moral d’une partie de la société civile gabonaise, devenue méconnaissable à force de compromissions et de silence jugé complice. En défendant Oligui Nguema avec autant de zèle qu’ils s’étaient tus face à la libération des Bongo, ses membres ont confirmé que leurs prises de position n’obéissent plus à l’exigence d’une justice impartiale, mais à celle d’une fidélité politique opportuniste. Le peuple gabonais, quant à lui, semble avoir pris la mesure de cette trahison et regarde désormais cette élite autoproclamée avec méfiance, lucidité et colère contenue. 

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