
Libreville, le 29 Juillet 2025 – (Dépêches 241). À première vue, le Gabon est un État qui dépense. En 2025, les dépenses publiques devraient représenter 30% du PIB, un niveau élevé pour un pays en développement. Cette proportion témoigne d’une présence massive de l’État dans l’économie nationale. Pourtant, comme le rappelle la Banque mondiale, cette omniprésence est inefficace. « Des infrastructures inadéquates, des défis en matière de gouvernance et une forte présence du secteur public dans l’économie ont entravé le développement du secteur privé », note-t-elle dans son rapport sur la richesse nationale. Autrement dit, le volume ne fait pas la qualité.
Le document de cadrage budgétaire 2026-2028 ne remet pas en cause cette trajectoire. Bien au contraire : il annonce un budget en hausse, des investissements publics en progression, et une ambition de croissance portée par la dépense publique. Or, cette logique est contredite par les résultats eux-mêmes. À fin mars 2025, les crédits d’investissement votés ont été exécutés à seulement 4,6%. Quant aux grands projets, ils restent rares, dispersés et souvent inachevés. Le niveau élevé des dépenses masque donc une inefficacité chronique dans leur utilisation.
Le problème n’est pas uniquement comptable. Il est structurel. Le Gabon investit sans transformation réelle, sans ciblage stratégique, et surtout sans évaluation d’impact. L’Étude prospective Gabon 2050 insiste sur ce point : « Le pays est confronté à une faiblesse dans la gestion de l’investissement public, une planification incohérente et une gouvernance budgétaire opaque ». Tant que ces problèmes ne sont pas réglés, toute hausse de la dépense risque d’aggraver les déséquilibres plutôt que de les corriger.
Il faut aussi rappeler que cette dépense publique repose en grande partie sur des recettes volatiles, essentiellement pétrolières et sur un endettement croissant. En 2025, la dette publique devrait atteindre 80% du PIB, un niveau jugé préoccupant par tous les partenaires techniques. L’État dépense donc sur des bases précaires, exposant tout le système économique à des chocs de trésorerie et à des ajustements brutaux en cas de crise.
Au final, tant que le pays ne réformera pas en profondeur sa gouvernance budgétaire, sa stratégie d’investissement et son modèle de production de biens publics, ces 30% de dépenses publiques dont 825,3 milliards pour la seule masse salariale d’une administration parmi les moins efficaces du continent restent une promesse sans impact, un chiffre creux dans un paysage en décomposition. La dépense n’est pas un objectif, faut-il le rappeler. Elle doit être un levier. Et aujourd’hui pourtant, elle est un fardeau.







