
Libreville, le 14 avril 2026 – (Dépêches 241). Le rachat d’Assala, présenté comme le trophée de la 5e République, est-il réellement le moteur de la dignité retrouvée ou un gouffre financier pour les générations futures ? À l’occasion de la mise en production de Ngongui, le Président de la République a tenté de clore le débat sur cette acquisition controversée en affirmant : « nous pouvons dire que nous avons atteint nos objectifs, NGONGUI en est aujourd’hui la preuve tangible ». Pourtant, la multiplication des champs de production ne dit rien de la capacité de l’État à gérer une entreprise pétrolière de cette envergure sans le soutien technique des majors occidentales.
Le discours officiel martèle que le succès repose sur « le savoir-faire, la détermination et le patriotisme » des techniciens gabonais. Si le patriotisme est une vertu, il ne saurait remplacer une stratégie de raffinage local toujours balbutiante. En effet, augmenter la production pour exporter du brut reste une politique de rente classique qui contredit l’objectif de « transformation locale de nos matières premières » mis en avant par le Palais Rénovation. Le Gabon continue de produire ce qu’il ne consomme pas et de consommer ce qu’il ne produit pas.
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L’opacité entourant les « Accords anciens » prétendument révisés soulève également des interrogations. Le Chef de l’État se félicite de « la réappropriation de notre économie », mais les termes renégociés avec les partenaires financiers et les créanciers d’Assala n’ont jamais été rendus publics. Cette souveraineté affichée pourrait n’être qu’une façade si les revenus de Ngongui servent prioritairement à rembourser les emprunts contractés pour le rachat de la société.
De plus, l’annonce selon laquelle Assala passera « au-delà des 60 mille barils par jour » grâce à Ngongui cache une fragilité opérationnelle. Maintenir un tel niveau de production nécessite des investissements colossaux que l’État, déjà lourdement endetté, pourrait peiner à assumer sur le long terme. Le Président de la République a beau dire qu’il « reviendrait pour lancer la production d’autres nouveaux champs », la viabilité de cette fuite en avant productive reste à démontrer dans un marché pétrolier de plus en plus volatil.
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En fin de compte, le discours de Gamba ressemble à une campagne de communication pré-électorale visant à légitimer le pouvoir en place. En affirmant que « dans la 5e République tout est désormais possible », Oligui Nguéma joue sur les espoirs d’un peuple fatigué par des décennies de gestion clanique. Mais la « dignité des Gabonais » ne se restaure pas à coups de barils ; elle passe par une transparence totale sur la gestion des ressources, un luxe que la transition semble encore hésiter à offrir.







