
Libreville, le 14 avril 2026 – (Dépêches 241). Dans une mise en scène savamment orchestrée au cœur de l’Ogooué Maritime ce 12 avril, le Président Brice Clotaire Oligui Nguéma, a inauguré le champ pétrolier de Ngongui. Si l’annonce de 10 000 barils supplémentaires par jour est présentée comme une victoire historique, elle ressemble surtout à une bouffée d’oxygène pour un régime qui doit justifier le rachat coûteux d’Assala. Derrière l’enthousiasme, la question de la rentabilité réelle de cette opération pour le citoyen lambda reste en suspens, alors que le Chef de l’État affirme que « la trajectoire engagée depuis le 30 août 2023 est en marche ».
L’insistance sur le caractère « 100% gabonais » de l’exploitation semble masquer une réalité technique plus complexe. En célébrant un projet « foré par SMP et exploité par la société Assala, donc par des Gabonais », le pouvoir joue sur la fibre patriotique pour faire oublier que ces structures héritent d’infrastructures et de dettes internationales dont les contours financiers demeurent opaques. Cette communication de crise vise à balayer les « réactions négatives lorsque j’ai décidé du rachat d’Assala », sans pour autant fournir de bilan comptable détaillé à la nation.
Sur le plan social, le discours de Gamba peine à masquer le décalage entre les chiffres de production et le chômage persistant dans la région. Promettre « le renforcement du secteur industriel au Gabon qui est porteur de valeurs et d’emplois durables » est une rengaine bien connue des populations locales qui attendent toujours de voir la couleur de la manne pétrolière dans leur quotidien. L’augmentation du quota de production de l’État, bien qu’affichée comme un objectif, ne garantit en rien une baisse du coût de la vie pour les ménages gabonais.
Le Président reste par ailleurs très évasif sur l’épuisement inéluctable des ressources, se contentant de déclarer : « je reste convaincu que le pétrole a encore de beaux jours devant nous ». Cette posture optimiste, presque prophétique voire Josuétique, fait l’impasse sur la transition énergétique mondiale et le besoin urgent de sortir de la dépendance aux hydrocarbures. À Ngongui, le discours semble enfermé dans une logique extractiviste du siècle dernier, loin des impératifs d’une économie moderne et diversifiée.
L’appel à l’unité nationale sonne comme une injonction à ne pas critiquer la gestion actuelle du gouvernement. En invitant les Gabonais à « continuer à oeuvrer comme un seul homme », le Chef de l’État tente de verrouiller le débat public autour de sa stratégie économique. Entre les promesses de prospérité et la réalité d’un panier de la ménagère qui s’amenuise, le champ Ngongui pourrait bien n’être qu’un mirage de plus dans le désert industriel gabonais.







