Nzeng-Ayong : un an pour un dalot, la honte d’un chantier livré de façon indigne

La livraison calamiteuse de l’axe échangeur de Nzeng-Ayong/Rond-Point révèle l’étendue d’une défaillance que le ministre des Travaux Publics, Edgard Moukoumbi, ne saurait fuir © Dépêches 241

Libreville, le 20 Mai 2026 – (Dépêches 241). Un an. Il aura fallu près d’une année entière pour poser un triple dalot en béton armé sur l’axe échangeur de Nzeng-Ayong,  un ouvrage que les experts des travaux publics évaluent à vingt-huit jours de chantier. Lundi dernier, le tronçon a été « rendu » aux usagers dans un état qui a immédiatement suscité l’indignation : un chantier livré sale, non goudronné, brouillon, insalubre. Une livraison qui est moins un accomplissement qu’un aveu. Et derrière cette catastrophe administrative et morale se trouve un homme : Edgard Moukoumbi, ministre des Travaux Publics et de la Construction, comptable devant les Gabonais d’une désinvolture qui, décidément, ne change pas de visage selon les régimes.

Dans son communiqué du 14 juillet 2025, le ministre Moukoumbi annonçait solennellement la fermeture temporaire du tronçon pour une durée de trois mois. Trois mois. Le délai paraissait déjà généreux pour un ouvrage aussi banal. Mais l’administration gabonaise, sous la supervision bienveillante du même ministre, en aura mis quatre fois plus.

 Pendant cette interminable attente, le silence du ministère a été assourdissant : aucune communication officielle pour expliquer les retards, aucune transparence sur la disparition inexpliquée des engins du site, aucun compte rendu sur les raisons de l’inertie d’un chantier fantôme. Les ouvriers ? Introuvables.

Les responsables ? Muets. Edgard Moukoumbi, lui, aura brillé par une absence de communication qui confine à la faute professionnelle. Diriger un ministère régalien ne saurait se résumer à signer des communiqués de fermeture sans jamais assumer la moindre responsabilité sur ce qui suit.

Quand les Gabonais paient la facture de l’incompétence

Tandis que le ministère des Travaux Publics observait le temps passer, les riverains de Nzeng-Ayong vivaient, eux, un calvaire quotidien. Des mois de détours imposés, d’embouteillages monstrueux, de coûts de transport gonflés à l’absurde, d’une fatigue morale qui s’accumule jour après jour en pleine année scolaire, au moment où les familles ont le moins les moyens de subir pareille saignée. Ce que les populations ont enduré ne se chiffre pas seulement en litres de carburant supprimés ou en heures perdues dans les bouchons : il y a là un préjudice diffus, psychologique et financier, que l’État ne compensera pas et que le ministre n’évoquera vraisemblablement jamais. La Ve République , censée rompre avec les pratiques du régime déchu, reproduit ici avec une fidélité déconcertante les mêmes logiques d’abandon des populations face aux défaillances de l’administration.

Une livraison indigne qui dit tout

Le clou de cette affaire n’est peut-être pas la durée scandaleuse des travaux, c’est l’état dans lequel le chantier a été restitué aux Gabonais. Pas de goudronnage. Une voirie sale, brouillonne, insalubre. Comme si l’objectif s’était réduit à rouvrir la route coûte que coûte, quitte à bâcler la finition. « Plus d’un an pour remplacer trois buses et rendre un chantier dans un tel état, c’est indécent et insultant pour les Gabonais », résume un riverain, avec la précision cruelle de celui qui a tout subi sans jamais être consulté. On ne saurait mieux dire. 

Ce que révèle cette livraison honteuse, c’est l’image d’un ministère sans exigence, d’une maîtrise d’ouvrage sans rigueur, et d’un ministre sans vision. Edgard Moukoumbi doit des explications aux Gabonais  sur les délais, sur les coûts réels du chantier, sur les raisons de cet état de livraison. Jusqu’à preuve du contraire, son silence vaudra aveu.

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