Téléphonie mobile : quand l’État taxe la parole des Gabonais

Passer un appel et naviguer sur internet va coûter plus cher pour le Gabonais en 2026

Libreville, le 28 Octobre 2025 – (Dépêches 241). À partir de 2026, passer un simple appel ou naviguer sur Internet coûtera plus cher. Le gouvernement introduit une taxe d’accise de 5 % sur tous les services de télécommunication, couvrant la voix, les données et les services à valeur ajoutée. Présentée comme une mesure d’équité fiscale dans un secteur florissant, cette initiative ressemble surtout à une nouvelle ponction sur un service devenu vital pour les ménages. Car derrière les justifications techniques, c’est bien le consommateur qui sera mis à contribution pour combler les failles du budget de l’État.

Le gouvernement espère tirer jusqu’à 15 milliards de FCFA par an de cette taxe, collectée automatiquement via la plateforme e-Tax. Officiellement, cette digitalisation du recouvrement vise à « moderniser la fiscalité » et à mieux capter la richesse du numérique. Mais dans les faits, le pouvoir choisit la voie la plus facile : taxer un secteur structuré, solvable, et dont les recettes sont traçables. Plutôt que de réformer en profondeur le système fiscal, on élargit le panier des prélèvements, même au prix d’une hausse des coûts pour les ménages.

Les associations de consommateurs, elles, ne s’y trompent pas. Selon leurs estimations, les prix des communications pourraient grimper de 3 à 5 %, dans un pays où la téléphonie est devenue un outil de travail et d’éducation autant qu’un moyen de communication. Le gouvernement parie sur la bonne volonté des opérateurs pour absorber le choc, mais la logique du marché laisse peu de place à l’altruisme. Dans un contexte inflationniste, cette mesure risque de fragiliser davantage le pouvoir d’achat.

Cette fiscalité sur la téléphonie illustre la fuite en avant budgétaire d’un État qui, faute de réformes structurelles, préfère multiplier les taxes ponctuelles. Le numérique, censé être un levier d’inclusion, devient une source de pression fiscale supplémentaire. À long terme, cette stratégie pourrait bien ralentir l’innovation et l’accès à la connectivité, en transformant chaque appel en un impôt déguisé.

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