Gabon: la démission annoncée des ministres pour mieux les renommer ensuite ?

Les membres du gouvernement élus députés et appelés à démissionner seront certainement nommés à nouveau pour laisser siéger leurs suppléants ©Montage Dépêches 241

Libreville les 6 novembre 2025 – (Dépêches 241). Le 3 novembre dernier, par l’intermédiaire du ministre de la Réforme et des Relations avec les institutions, François Ndong Obiang, le gouvernement rappelait à tous les ministres élus députés leur obligation de déposer le tablier avant le 17 novembre prochain, date prévue pour la constitution du nouveau bureau de l’Assemblée nationale. Seulement, ce rappel semble sonner creux, tant il émane d’une disposition constitutionnelle déjà claire : l’article 73 établit en effet une stricte incompatibilité entre les fonctions de membre du gouvernement et celles de député. En réalité, à la lumière de l’histoire politique du pays, cette injonction ressemble davantage à une manœuvre de diversion qu’à une réelle volonté de conformité, destinée à mieux repositionner les mêmes figures une fois la formalité remplie. 

Selon une partie de l’opinion, la récente sortie médiatique du ministre François Ndong Obiang manquait de sincérité. Le rappel aux ministres de démissionner paraît pour le moins grotesque : comment justifier qu’on rappelle à des hauts commis de l’État, tous entourés de conseillers juridiques, qu’ils doivent simplement respecter la loi ? L’épisode ressemble à une mise en scène politique, un simulacre destiné à rassurer les observateurs, alors qu’en coulisses, tout indique que le but réel serait de reconduire, sous d’autres formes, les mêmes personnalités ardoises contestées.

Le septennat s’amorce à peine, mais la population, éreintée par les dérives successives des régimes précédents, voit déjà poindre les signes d’un cycle répétitif. Comme une tradition politique qu’on refuse de dépasser, les mêmes pratiques ressurgissent sous un vernis de nouveauté. De nombreux observateurs y voient une opération de communication : faire croire à un souci de légalité, tout en préparant une recomposition cosmétique du gouvernement. Une stratégie qui contraste avec les discours de rupture et de probité brandis au lendemain du coup d’État du 30 août 2023.

Les plus crédules auront cru que ces démissions marqueraient la volonté du chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, de se séparer de certains ministres jugés inefficaces. Qu’ils se détrompent : il ne s’agit pas d’un limogeage collectif, mais d’un simple jeu de chaises musicales. Les mêmes visages devraient réapparaître, confortés par un simulacre de légalité. Ce recyclage permanent illustre le manque d’imagination d’une classe dirigeante prisonnière de ses propres routines. Depuis la nomination du premier gouvernement de la Ve République, les résultats peinent à convaincre, et la population continue d’attendre des signes tangibles de changement.

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Pire, cette disposition constitutionnelle, censée garantir la séparation des pouvoirs, risque d’être instrumentalisée. Car le suppléant d’un ministre devenu député aura-t-il la liberté politique et morale de s’opposer à celui dont il dépend ? Rien n’est moins sûr. Cette confusion des rôles fragilise encore davantage le contrôle parlementaire. D’autant que le pays sort des législatives avec une Assemblée nationale largement acquise au camp présidentiel, composée de plus de cent députés issus de la formation politique du chef de l’État. Dans ce contexte, la représentation nationale pourrait rapidement se transformer en simple chambre d’enregistrement des décisions gouvernementales, au détriment de tout véritable contre-pouvoir.

En d’autres termes, le risque est grand de voir le Gabon replonger dans la stagnation institutionnelle que les autorités prétendait fuir. Sous couvert de conformité légale, se profile une reproduction du même système, où les démissions ne sont qu’un théâtre administratif avant les  réintégrations à venir. 

Si la Ve République devait incarner un renouveau politique, force est de constater que ses premiers actes relèvent davantage de la continuité que de la rupture. L’annonce des démissions ministérielles n’est qu’un miroir aux alouettes destiné à donner l’illusion du changement. Tant que les mêmes pratiques de recyclage, de loyauté clanique et de double discours perdureront, le Gabon restera prisonnier d’une transition sans transformation, et d’une légalité sans légitimité. 

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