
Libreville, le 11 novembre 2025-(Dépêches 241). Quand le mensonge emprunte les raccourcis et se distille au sein de la masse comme une traînée de poudre, la vérité, elle, traîne les pieds mais finit toujours par atteindre la ligne d’arrivée, quel que soit le temps qui passe, avec la force d’un tsunami qui bouleverse les instants. Selon certains observateurs, c’est ce que dévoilent les vidéos liées à l’affaire Sylvia Bongo Ondimba et Noureddin, apparues ces derniers jours, montrant le président de la République, chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, en train de négocier la libération des supposés ex-détenus dans un cadre strictement familial, pendant que le peuple gabonais les croyait en prison. Une situation particulièrement scandaleuse qui traduit non seulement les incohérences des déclarations faites par des autorités judiciaires, mais manifeste également la volonté du numéro un gabonais d’octroyer des privilèges à cette famille considérée comme le mal du Gabon.
Alors que l’opinion tout entière semblait convaincue de l’incarcération de Sylvia Bongo Ondimba et de son fils Noureddin Bongo Valentin, au lendemain du coup d’État supposé, grande a été la frustration et la déception de celle-ci lorsqu’elle a appris que, par un tour de passe-passe, celui qu’elle avait naïvement considéré comme son libérateur aurait volontairement laissé échapper les Bongo-Valentin.
Dans une scène irréaliste, hors de tout cadre juridique, le président de la République, sans aucune once de remords et en totale contradiction avec ses déclarations publiques, les deux pieds sur le cou de la justice gabonaise et au mépris absolu des attentes du peuple, a décidé unilatéralement d’accorder la liberté à l’ex-première dame du Gabon et à son fils Noureddin, accusés de crimes et de délits graves. Selon ses propres déclarations dans cette vidéo : « La vie, c’est pas la rancune. Mieux vaut que ce soit nous ici en famille que quelqu’un d’autre », affirme-t-il. Autrement dit, au lieu de les livrer à la justice gabonaise, le chef de l’État a unilatéralement décidé de les en extraire, pour régler ce qu’il considère comme leur « linge sale en famille ».
Par cet acte, le chef de l’État se dédie et trahit les engagements pris au lendemain du coup d’État perpétré en août 2023. Car non seulement Brice Clotaire Oligui Nguema a trahi son serment de faire respecter l’Etat de droit mais il semble également faire croire que le Gabon appartient à un certain nombre de familles, dont la sienne.
À ce titre, comme un bon chef de famille, il règle les affaires dont se sont rendus coupables les siens « en famille », la justice gabonaise et le peuple n’ayant strictement rien à dire ni à redire. Cette attitude met en évidence un chef de l’État qui se croit, se sait et se met au-dessus des lois. Car pour lui, il n’est pas au pinacle d’un pays ou d’un État, il est un président-directeur général d’une épicerie, tout au plus d’une entreprise familiale. Et faisant partie des privilégiés, il a logiquement offert à d’autres membres de « sa famille » la possibilité de quitter le pays sans avoir à répondre de leurs actes, crimes supposés et accusations.
Le plus scandaleux, c’est que, malgré des preuves aussi accablantes, les autorités voudraient faire croire à l’opinion publique que ces vidéos ne seraient que le fruit d’une manipulation orchestrée par les Bongo-Valentin, en vue d’un soulèvement populaire ou d’une déstabilisation du régime actuel. Or, ces vidéos ne sont ni issues d’une mise en scène ni l’émanation d’un logiciel informatique lié à une intelligence artificielle. D’ailleurs, ni le président de la République lui-même ni ses différents porte-paroles ne les remettent en cause. Elles semblent plutôt mettre à nu le véritable visage de ceux qui, au petit matin du 30 août 2023, avaient assuré proposer autre chose que les errements et les pratiques douteuses de l’ancien régime.
À cet effet, cette scène, que les autorités actuelles du pays auront certainement du mal à faire oublier, n’est pas une simple déception : c’est une mise à jour, un réveil brutal pour ceux qui, malgré l’accumulation de fautes graves de la première institution du pays, voulaient demeurer crédules. Dit autrement, malgré le refus de certains d’ouvrir les yeux et d’affronter les réalités du pays, ces images suffisent désormais à démontrer que le 30 août n’a jamais eu pour objectif de véritablement libérer le Gabon et son peuple, mais qu’il fut un simulacre, une manœuvre dilatoire visant à manipuler et à tromper les Gabonais. Ce qui, sans aucun doute, expliquerait ces arrangements entre consanguins.
Au-delà des simples spéculations, il s’agit dorénavant de faits, vus et entendus de tous. Il ne saurait plus être question d’une manipulation des opposants au régime qui voudraient susciter de la sympathie ou retourner le peuple contre leurs gouvernants. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le régime lui-même s’est livré au peuple et à ses opposants à travers ses mensonges éhontés, ses fautes grossières et son incapacité à engager le pays dans le changement et la rupture véritables. D’autant que, malgré les critiques et les avertissements, jamais le régime post-transition n’a daigné faire l’effort de se corriger et de s’engager de manière résolue dans la marche vers la sortie des décombres de la mal-gouvernances, de la corruption, des compromissions et des manipulations cyniques de la justice qui rappellent sans cesse les quatorze dernières années.
Et le procès qui s’est ouvert ce 10 novembre semble avoir perdu tout son sens. Car au lieu de rassurer, il renforce l’idée d’un pays qui souffre du mal des hommes qui le gouvernent, et qui, au lieu de se mettre au service du bien commun, se complaisent à perpétuer l’impunité, l’injustice et l’irréversible souffrance du peuple gabonais qui, osons le dire, paye les conséquences de sa propre naïveté.







