
Libreville, le 8 novembre 2025 – (Dépêches 241). Depuis plusieurs jours, une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux montre une scène aussi improbable qu’indécente : Brice Clotaire Oligui Nguema, président de la République, chef de l’État et chef du gouvernement, recevant dans son bureau Sylvia Bongo et Nourredin Bongo Valentin. Au cours de cet échange, Oligui Nguema, dans un ton décontracté et paternaliste, affirme que Sylvia et Nourredin « n’étaient pas en prison », mais auraient simplement séjourné « dans les locaux de la présidence ». Une déclaration qui, au-delà de son caractère surréaliste, vient mettre à nu les faux-semblants et les mensonges d’une transition qui s’était présentée comme une rupture avec le régime honni d’hier.
Cette scène, jugée humiliante pour la République, provoque un profond malaise national. Elle vient confirmer ce que beaucoup soupçonnaient déjà: la proximité intacte entre l’actuel pouvoir militaire et la famille Bongo. Car si l’opinion croyait encore à une justice indépendante et à un processus judiciaire équitable, ces images dissipent le moindre doute. Ce que l’on croyait être une détention préventive ne serait qu’une mise en scène orchestrée depuis le sommet de l’État. En se prêtant à une telle comédie politique, le pouvoir d’Oligui Nguema sape ce qu’il restait de crédibilité à une transition déjà minée par les incohérences et les compromissions.
En reconnaissant dans la pénombre d’un secret d’Etat que les Bongo n’ont jamais été incarcérés, Oligui Nguema signe la faillite morale et institutionnelle de la Ve République qu’il prétend incarner. Cette confession illustre une dérive inquiétante : la personnalisation absolue du pouvoir et la mise sous tutelle de la justice. Désormais, les décisions judiciaires ne semblent plus provenir des tribunaux mais des bureaux feutrés de la présidence, au gré des humeurs et des calculs du chef de l’État. Une dérive d’autant plus grave qu’elle consacre le retour d’une justice de palais, où les relations personnelles remplacent la loi et où le sentiment d’impunité règne en maître.
Ce scandale met aussi en lumière la duplicité d’un régime qui avait promis de restaurer la justice et la dignité du peuple. Après avoir fustigé les dérives du clan Bongo, le pouvoir militaire leur offre aujourd’hui la réhabilitation symbolique et la protection politique. En lieu et place d’un processus de vérité, de reddition des comptes et de réparation pour le peuple, Oligui Nguema choisit le pardon sélectif et la fraternité de façade. Le discours officiel sur la « réconciliation » se mue en cynisme politique, où la compassion du chef pour les siens efface la mémoire des victimes d’un demi-siècle de prédation et de souffrances sociales. Delà, le procès du 10 novembre prochain ne se présente plus seulement comme une mise en scène judiciaire, c’est une parodie, une manœuvre dilatoire destinée à maintenir une illusion de justice.
Ainsi, le pouvoir actuel, au lieu de refonder l’État, semble reproduire les travers qu’il prétendait combattre. Loin d’un nouvel ordre républicain, le pays s’enfonce dans une confusion où les institutions perdent leur substance et où le chef se substitue à la loi. L’épisode des Bongo révèle que la rupture annoncée n’était qu’un slogan. La continuité du système, maquillée en révolution, s’exhibe désormais au grand jour, avec un cynisme assumé.
In fine, la déclaration d’Oligui Nguema sur la non-incarcération des Bongo n’est pas une simple maladresse de communication, mais un aveu politique. Elle dévoile l’essence même du régime actuel : un pouvoir de connivence, où la justice est instrumentalisée, la vérité travestie, et la morale publique piétinée. L’histoire retiendra que sous couvert de transition, c’est l’arbitraire et le mensonge d’État qui ont trouvé leur légitimation la plus spectaculaire.







