Interdiction du poulet importé: quid du soutien aux acteurs locaux du secteur ?

La SOGADA un acteur local majeur de l’industrie avicole espère que l’Etat lui apportera son soutien au regard de son investissement dans le domaine depuis des années ©DR

Libreville, le 5 Février 2026 – (Dépêches 241). L’annonce de l’interdiction totale de l’importation du poulet de chair au Gabon à l’horizon janvier 2027 s’inscrit officiellement dans l’ambition gouvernementale de souveraineté alimentaire. Sur le principe, la mesure est pertinente. Elle répond à une dépendance structurelle préoccupante, puisque plus de 90 % du poulet consommé dans le pays est aujourd’hui importé. En théorie, cette décision ouvre une fenêtre stratégique pour relancer la production nationale et structurer une véritable filière avicole locale.

Mais au-delà de l’effet d’annonce, une question centrale demeure : où est l’accompagnement concret des acteurs nationaux ? Depuis la communication gouvernementale, aucune politique publique cohérente et lisible n’a réellement été mise en place pour soutenir ceux qui produisent déjà ou souhaitent investir dans ce secteur. Pire, l’État semble privilégier, une fois encore, des solutions venues de l’extérieur, au détriment des compétences et initiatives locales.

C’est dans ce contexte qu’est évoquée l’arrivée annoncée d’opérateurs étrangers, notamment espagnols, présentés comme porteurs d’expertise. Si l’apport technologique et organisationnel peut être utile, cette orientation interroge. Pourquoi toujours faire appel à des « sauveurs » venus d’ailleurs quand des Gabonais ont, depuis des années, pris le risque d’investir dans l’agriculture, sans subventions ni garanties publiques solides ?

Parmi ces acteurs figure la Société gabonaise de développement agricole (SOGADA), dirigée par son Président Directeur Général, Hervé Patrick Opiangah. Présent de longue date dans l’agroalimentaire, l’ex ministre des mines de la transition n’a pas attendu l’interdiction annoncée pour miser sur le « consommer gabonais ». À Meyang, dans la commune de Ntoum, d’importants travaux ont été engagés par l’ex ministre des mines de la transition, pour ériger une plateforme industrielle dédiée à la production de poulet de chair.

Ce travaux herculéens, loin d’être symbolique, repose sur des investissements lourds reposant sur des capitaux 100% gabonais. Ainsi, près de huit milliards de francs CFA ont déjà été mobilisés pour le terrassement et la construction d’unités de production, sur une superficie estimée entre quatre et cinq hectares. Une initiative privée d’envergure, pensée comme un accompagnement à l’action publique, et non comme une substitution à celle-ci.

Pourtant, malgré cet engagement tangible, les difficultés persistent. Le principal obstacle demeure l’absence quasi totale d’accompagnement financier de l’État. Dans la mesure où les producteurs nationaux peinent à accéder au crédit bancaire, faute de mécanismes de garantie, de fonds dédiés ou d’incitations fiscales adaptées. Quant aux nouveaux entrants, ils se heurtent à un mur financier dissuasif.

Cette situation fragilise l’objectif même de l’interdiction annoncée. Car, sans un tissu productif local suffisamment robuste, la fin des importations risque de provoquer pénuries, hausse des prix et tensions sociales. D’autant qu’une souveraineté alimentaire proclamée, mais non soutenue par des instruments économiques efficaces, reste un slogan.

Face à cette réalité, le gouvernement est attendu au tournant. Il lui revient d’élaborer de véritables politiques d’accompagnement : fonds de soutien, lignes de crédit bonifiées, garanties publiques auprès des banques, allégements fiscaux ciblés. Sans ces leviers, les ambitions affichées resteront lettre morte, et cette mesure risque de finir comme de nombreuses promesses faites mais non tenues. 

Dès lors, l’interdiction du poulet importé ne peut réussir sans une implication financière et stratégique forte de l’État aux côtés des producteurs nationaux. La souveraineté alimentaire ne se décrète pas, elle se construit. Et elle commence par la reconnaissance, le soutien et la protection de ceux qui, sur le terrain, ont déjà fait le choix risqué mais nécessaire de produire local.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*