Bilie-By-Nze : « Si Oligui Nguema peut donner des instructions à la justice au Gabon, Emmanuel Macron ne peut pas donner des instructions à la justice française » 

Pour le dernier Premier ministre d’Ali Bongo, la justice Française indépendante ne saurait adopter la même attitude que la justice gabonaise qui subit un procès en instrumentalisation ©Montage Dépêches 241

Libreville, le 3 Décembre 2025 – (Dépêches 241). Connu pour son franc-parler, sa verve et son inconciliabilité avec le nouveau régime de Libreville, l’ancien Premier ministre, Alain-Claude Bilie-By-Nze, est revenu, lors d’une interview accordée au média Global Africa, sur les récents événements ayant marqué la vie politique du pays, en particulier la visite du président français au Gabon. L’ancien porte-parole de la présidence de la République a fustigé avec gravité l’attitude du chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, qui, selon lui, se serait livré à des demandes contraires à toute éthique politique et diplomatique en exhortant Emmanuel Macron à « faire respecter » certaines décisions de justice, en faisant fi de l’effectivité de la séparation des pouvoirs en France. Une requête pour le moins curieuse, qui fera dire à l’opposant gabonais : « Si lui il peut donner des instructions à la justice au Gabon, Monsieur Macron ne peut pas donner des instructions à la justice française. »

Dans un entretien accordé à la chaîne internationale Global Africa Télésud, le président du parti Ensemble pour le Gabon (EPG) a analysé avec gravité et froideur le discours récemment prononcé par Oligui Nguema, qui aurait demandé à Emmanuel Macron, en visite officielle dans le pays, de faire pression sur la justice française afin que celle-ci exécute certaines décisions en faveur du Gabon. Le président gabonais a notamment déclaré : « Nous comptons sur la coopération judiciaire entre nos deux États pour que les décisions de justice soient exécutées, et que les avoirs détournés soient restitués au peuple gabonais. » Autrement dit, il reviendrait au président français d’intervenir auprès des instances judiciaires de son pays en vue de satisfaire les demandes des autorités gabonaises.

Pour ACBBN, cette posture vise implicitement à inciter le chef de l’exécutif français à manipuler ou instrumentaliser la justice, à l’image des pratiques encore courantes au Gabon. Or, rappelle-t-il, si la justice gabonaise tend à se confondre avec les objectifs politiques du pouvoir, la justice française, elle, demeure indépendante et refuse toute intrusion du politique dans les décisions judiciaires.

Selon le principal opposant du régime post-transition, cette attitude du président Oligui Nguma est indigne de la fonction présidentielle. Ce d’autant qu’elle révèle non seulement l’absence de volonté du régime  de restaurer la dignité et la crédibilité de l’institution judiciaire gabonaise, mais elle traduit également une vision archaïque des relations entre les États. Pour lui, ce discours renvoie le Gabon à une époque révolue où, en tant que colonie, il devait rendre des comptes à la métropole. Plus grave encore : toujours selon l’ancien ministre de la Communication, Oligui Nguema aurait publiquement exposé des dossiers judiciaires internes devant un chef d’État étranger, au mépris de l’image et de la souveraineté nationale.

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Au-delà de la forme, jugée humiliante pour la diplomatie gabonaise, c’est surtout le fond qui, selon Bilie-By-Nze, témoigne d’une incongruité manifeste, révélatrice de la légèreté et du manque d’épaisseur des autorités actuellement au sommet de l’État. D’autant que pour l’ancien Premier ministre, il ne s’agit pas d’une simple erreur, mais d’un signe d’amateurisme et d’une méconnaissance des rouages institutionnels et diplomatiques, qui affaiblissent davantage la position du Gabon et l’installent dans un rôle d’État inféodé, vassalisé dévoué  à défendre les intérêts étrangers au détriment de ceux de la nation.

L’analyse de Bilie-By-Nze met en lumière une tension structurelle du régime post-coup d’État : la difficulté à concilier discours souverainiste et pratiques politiques encore imbibées de réflexes autoritaires. En demandant au président français d’intervenir dans un processus judiciaire étranger, Oligui Nguema révèle les contradictions d’un pouvoir oscillant entre la quête de légitimité internationale et des habitudes de gouvernance qui démentent l’illusion d’une maîtrise effective du fonctionnement d’un État souverain. 

Reste à savoir si ces dérives verbales ne préfigurent pas une fragilisation plus profonde du crédit diplomatique et institutionnel du Gabon sur la scène internationale.

One Commentaire

  1. NDZIGHEZOGHE DIEUDONNE

    J’encourage ce que fait ACBBN de la politique dans notre pays le Gabon puisqu’un opposant doit toujours existé dans une démocratie. Bravo mon fils.

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