
Libreville, le 25 novembre 2025-(Dépêches 241) La conférence de presse conjointe entre Brice Clotaire Oligui Nguema et Emmanuel Macron, lors de la visite officielle du président français à Libreville, a installé un malaise que le pouvoir gabonais peine déjà à contenir. En évoquant une prétendue « fuite » d’Ali Bongo Ondimba et de sa famille, alors même que leur sortie de prison et leur départ du pays ont été négociés et validés par les autorités gabonaises, Oligui Nguema a offert à l’opinion publique un spectacle d’incohérence qui passe très mal. Beaucoup y voient une posture méprisante envers le peuple qui l’a élu le 12 avril, et un déni flagrant de responsabilité.
Cette version officielle est aujourd’hui fragilisée par l’existence d’une vidéo rendue publique par des activistes, filmée clandestinement par Noureddin Bongo Valentin, dans laquelle on entend clairement Brice Clotaire Oligui Nguema déclarer aux Bongo-Valentin: « Aujourd’hui on vous libère… la vie ce n’est pas la rancœur ». Cette séquence, abondamment partagée sur les réseaux sociaux, sonne comme une évidence. Il ne s’agissait nullement d’une fuite, mais bien d’une libération organisée au plus haut niveau de l’État, dans l’opacité d’un secret politique soigneusement entretenu.
Pour une partie croissante de l’opinion, la déclaration du chef de l’État n’est pas seulement malheureuse. Elle est une honte symptomatique d’un pouvoir qui dérive, accumule les contradictions et semble naviguer sans boussole politique. Comment un président peut-il qualifier de « fuite » une opération qu’il a lui-même autorisée, organisée et couverte ? Cette dissonance entre actes et discours donne le sentiment d’un gouvernant qui prend de haut les citoyens et qui mise davantage sur la communication improvisée que sur la cohérence institutionnelle.
L’épisode prend une dimension d’autant plus grave qu’il survient dans un contexte où la parole présidentielle est déjà bien entamée. Depuis la transition, Oligui Nguema a multiplié les promesses de rupture, de justice et de transparence. Or, le traitement de la famille Bongo, arrêtée, médiatisée, puis relâchée et discrètement exfiltrée, reste l’un des dossiers les plus opaques et les plus irritants pour une population exaspérée par des décennies d’impunité. En considérant aujourd’hui cet épisode de « fuite », le président alimente l’idée que l’État gabonais se paie la tête de son propre peuple.
La présence de Macron et la mise en scène diplomatique semblent avoir accentué la maladresse du chef de l’État. Au lieu d’assumer ses décisions, Oligui Nguema a semblé se placer en position de justification permanente, comme s’il devait rendre compte de ses actes à l’hôte français. Cette attitude nourrit les soupçons jamais totalement dissipés autour du rôle de Paris dans les événements du 30 août 2023. Pour de nombreux Gabonais, l’image projetée est celle d’un dirigeant plus soucieux de l’approbation française que du mandat populaire.
Le contraste est saisissant entre l’attitude affichée face à Macron et la réalité sociale du pays. Alors que chômage, vie chère, pauvreté et délabrement des services publics s’aggravent, Oligui Nguema laisse transparaître une déconnexion inquiétante. En s’égarant dans des explications maladroites sur la « fuite » de la famille Bongo, il ignore les priorités immédiates des Gabonais, donnant l’impression d’un chef de l’État qui se moque de la mémoire collective de son peuple, serait plus attentif à des injonctions extérieures qu’aux cris de détresse de sa population.
Sur les réseaux sociaux, la réaction a été immédiate et virulente. Pour beaucoup, cette scène confirme que le Gabon reste enfermé dans une relation asymétrique avec la France, héritage colonial que les promesses et longs discours axés sur la rupture pendant la transition n’ont pas réussi à briser. Certains internautes parlent même d’un « retour à la case départ », estimant que le président Oligui Nguema a dévoilé son alignement complet sur les intérêts français comme ce fut le temps sous Omar Bongo. .
Cette perception alimente un climat de désillusion profonde. Ceux qui voyaient en Oligui Nguema un libérateur, un dirigeant qui assume pleinement ses décisions découvrent, avec amertume, un dirigeant qui reproduit les logiques de ses prédécesseurs en s’enfermant dans un déni des réalités et des évidences. Le coup d’État de 2023, présenté par ses artisans comme une renaissance politique, apparaît de plus en plus comme une utopie, une continuité masquée, où les décisions essentielles semblent toujours se prendre loin du peuple gabonais, et où chaque prise de parole est synonyme d’un mensonge d’état assumé.
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En qualifiant la sortie du territoire d’Ali Bongo et de sa famille de « fuite », Brice Clotaire Oligui Nguema, n’a pas seulement commis une erreur politique majeure, révélatrice d’un pouvoir sans véritable socle et en déficit de cohérence. Il a ouvertement trahi la confiance de son peuple, déjà bien couvert de ridicule par les années de gestion abracadabrante d’Ali Bongo et consorts. Cette déclaration, au lieu de renforcer sa stature internationale, expose au grand jour les fragilités d’un leadership qui risque fort d’être davantage contesté.
Pour certains observateurs, cet épisode rappelle une vérité brutale : tant que les gouvernants gabonais n’assumeront pas leurs actes et ne placeront pas le peuple au centre de leur action, le pays restera prisonnier de ses vieux démons politiques, plus aptent à se soumettre au maître colon qu’à servir les intérêts des populations.







