Ve République : de l’affirmation « le pays a l’argent, … j’ai déjà résolu » à la mise sous tutelle du FMI

Le président de la République est aujourd’hui face aux contradictions de son narratif électoral avec la mise sous programme FMI du pays moins d’un an après son élection ©ComPrésidentielle

Libreville, le 23 Janvier 2026 – (Dépêches 241). Sous la Ve République, l’écart entre promesses de campagne et réalités macroéconomiques se creuse dangereusement. Moins d’un an après avoir martelé en meeting que « le pays a l’argent », le président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema voit le Gabon se placer sous la tutelle du Fonds monétaire international. Une contradiction majeure qui confine à l’incohérence et qui interroge la sincérité du discours présidentiel tout autant que la maîtrise des enjeux économiques et la capacité de l’exécutif à gouverner dans la sincérité, la transparence et l’objectivité. 

Dans le fast, l’euphorie et la fièvre de la campagne présidentielle, Brice Clotaire Oligui Nguema, à l’époque Président-Général, en meeting dans la cité pétrolière, se voulait rassurant, presque péremptoire. « Ils ont dit que le pays n’a plus l’argent. Je vous dis que le pays a de l’argent. Ce septennat, c’est un septennat d’avenir (…) j’ai déjà résolu », affirmait-il devant une foule en liesse acquise à sa cause. Cette déclaration, lourde de sens, laissait entendre que les difficultés budgétaires appartenaient désormais au passé et que les caisses de l’État permettaient d’engager sereinement les réformes promises. Or, l’annonce officielle de la mise sous programme FMI vient brutalement contredire ce narratif visiblement contrefait, falsifié et artificielle. 

Dans les faits, il est connu de notoriété publique qu’en principe un pays qui « a de l’argent » ne sollicite pas, quelques mois plus tard, l’assistance financière et la supervision d’une institution aussi contraignante que le FMI. La mise sous tutelle, fût-elle présentée comme une « coopération dynamique » par le ministre Thierry Minko, est toujours le symptôme d’un déséquilibre profond. 

Un déséquilibre qui va se donner à lire par des finances publiques sous tension, par un déficit budgétaire incontrôlé non sans entamer la crédibilité sur les marchés internationaux. Cette assistance du FMI acte surtout l’échec de la Loi de finances 2026, construite sur des hypothèses manifestement irréalistes, comme l’avaient du reste déjà signalé plusieurs agences de notation.

Les conséquences de cette situation sont loin d’être théoriques. Sur le plan économique, l’entrée sous programme FMI implique une discipline budgétaire stricte qui se caractérise par la réduction des dépenses publiques, le gel ou rationalisation des investissements, par la mise en place des réformes fiscales souvent impopulaires telle que la taxe d’habitation. Socialement, c’est encore le peuple qui va en payer le prix fort, à travers la pression sur les subventions, les salaires, l’emploi et les services publics. L’écart entre le discours d’abondance tenu en campagne et la réalité d’austérité qui se profile alimente ainsi une défiance croissante.

L’incohérence entre le narratif présidentiel et la situation actuelle du pays pose par ailleurs une question centrale et éminemment importante. Le président a-t-il pleinement mesuré, au moment de ses déclarations, la gravité de la situation économique du pays ? Gouverner un État ne consiste pas à rassurer à tout prix, mais à dire la vérité, même lorsqu’elle est inconfortable. En affirmant que « tout est réglé », Brice Clotaire Oligui Nguema a soit sous-estimé la complexité de la gestion macroéconomique d’un Etat, soit sciemment enjolivé la réalité de l’État des comptes de la République à des fins électoralistes.

À l’heure où le Gabon entame un nouveau cycle institutionnel sous la Ve République, cette séquence doit servir de leçon. La crédibilité de l’action publique repose sur la cohérence entre la parole et les actes. La critique ici n’est pas une condamnation, mais un appel à la lucidité. Reconnaître les erreurs, assumer les contradictions et gouverner dans la transparence. Sans cela, le risque est grand que la promesse d’un « septennat d’avenir » ne se transforme en un septennat de désillusions et désenchantements. 

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