
Libreville, le 6 mars 2026 – (Dépêches 241). La problématique des branchements directs constitue aujourd’hui un enjeu réel pour l’équilibre financier de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG). Selon le ministre de l’Accès universel à l’Eau et à l’Énergie, plus de 4 047 branchements directs seraient officiellement recensés, générant une perte estimée entre 3 et 5 milliards de FCFA sur les cinq dernières années. Un chiffre qui alimente le débat public et suscite diverses interrogations sur les responsabilités des uns et des autres.
S’il est admis de façon claire et justifiée que la SEEG pâtit de milliers de branchements non conformes, l’idée de pointer du doigts les forces de défense pose problème en ce qu’elle alimente une confusion juridique et budgétaire. Car en tant que « clients État », les casernes ne paient pas leurs factures en raison du fait que c’est le budget national qui le fait.
C’est en cette occurrence que plusieurs spécialistes du secteur invitent à une lecture plus rigoureuse de certains dossiers, notamment celui concernant les infrastructures militaires. Car, contrairement à certaines perceptions dans l’opinion, les casernes militaires ne relèvent pas du régime des clients ordinaires de la SEEG.
Sur le plan juridique et budgétaire, les casernes sont classées dans la catégorie des « clients État ». Cela signifie que leur consommation d’eau et d’électricité est intégrée dans les charges supportées par le budget de l’État. Au Gabon, comme dans de nombreux pays, les administrations publiques ne règlent pas directement leurs factures auprès des opérateurs de services publics. Ces dépenses sont généralement centralisées et prises en charge par les mécanismes budgétaires de l’État.
Reprocher aux forces armées gabonaises des impayés envers la SEEG, c’est confondre l’utilisateur et le payeur. Une caserne consomme et c’est l’État qui doit régler. Le circuit budgétaire qui sous-tend cette relation ne relève en rien de la chaîne de commandement militaire.
Ce que révèlent les chiffres du ministre, ce n’est pas une faute des militaires. Ils disent tout de l’échec chronique de l’État à honorer ses obligations de client envers une société concessionnaire chargée d’assurer un service essentiel à la population.
Au-delà des débats conjoncturels, la question posée reste donc celle de la responsabilité institutionnelle. Dans un contexte où la SEEG fait face à d’importants défis financiers et opérationnels, il appartient à l’État, en tant que principal donneur d’ordre et garant de l’équilibre des services publics, d’assumer pleinement ses obligations.







