Libreville : prisonniers d’un ascenseur à cause d’un délestage, deux dirigeants de Gabon TV frôlent le drame

Le DG et la DAF de Gabon Télévision ont failli passer de vie à trépas hier coincés dans un ascenseur

Libreville, le 7 mars 2026 – (Dépêches 241). L’incident survenu à la Maison Georges Rawiri n’est pas un simple fait divers. Lorsque la directrice financière de Gabon 1ère se retrouve hospitalisée en soins intensifs après avoir été piégée dans un ascenseur en panne de courant, et que son directeur général partage la même mésaventure, c’est toute la réalité d’un pays sous tension électrique permanente qui se révèle dans toute sa brutalité. Ce n’est plus une question de confort ou d’inconvénient quotidien : les délestages chroniques gabonais ont désormais un visage humain, celui de cadres de la République qui frôlent le drame dans leur propre lieu de travail.

La responsabilité de la SEEG, Société d’Énergie et d’Eau du Gabon,  est ici directement engagée. Comment une entreprise chargée d’alimenter en électricité la capitale d’un État pétrolier peut-elle continuer à imposer des coupures allant jusqu’à quinze heures consécutives sans qu’aucune sanction, aucune explication sérieuse, aucune feuille de route crédible ne soit rendue publique ? 

La SEEG bénéficie depuis des décennies d’une forme d’impunité institutionnelle, ses défaillances étant systématiquement absorbées par la résignation collective, transformées en bruit de fond d’une société habituée à souffrir en silence.

Mais ce qui frappe davantage encore, c’est l’absence de groupe électrogène opérationnel au siège même de la télévision publique nationale. Qu’une institution aussi stratégique que Gabon 1ère,  vitrine médiatique de l’État, outil de communication du pouvoir en toutes circonstances, ne soit pas équipée d’un système de secours fiable en dit long sur la profondeur du désordre organisationnel qui gangrène les structures publiques gabonaises. 

On ne parle pas ici d’une école de brousse ou d’un dispensaire rural. On parle du siège d’une chaîne nationale, d’un bâtiment public de premier rang, où des vies humaines dépendent du bon fonctionnement des équipements.

Ce drame en miniature est le révélateur d’un mal plus profond. La normalisation du dysfonctionnement. À force de vivre avec les délestages, la société gabonaise, et ses élites avec elle,  a intégré l’inacceptable comme une fatalité. Les générateurs tombent en panne, les ascenseurs s’arrêtent, les patients sous assistance respiratoire risquent leur vie, les denrées périssent dans les congélateurs éteints, et l’on hausse les épaules. Cette accoutumance au chaos est peut-être la forme la plus insidieuse de la défaillance de l’État : non pas l’incapacité à résoudre les problèmes, mais l’incapacité à s’en indigner encore.

Il est temps que les autorités de la Ve République , qui ont fait de la refondation nationale leur étendard, traitent la question énergétique non comme un dossier technique parmi d’autres, mais comme une urgence de souveraineté et de dignité humaine.

Tant que la SEEG ne rendra pas de comptes, tant que les établissements publics resteront sans alimentation de secours fiable, et tant qu’aucune vision cohérente de l’énergie ne sera proposée aux Gabonais, des incidents comme celui de la Maison Rawiri se reproduiront,  avec, un jour prochain, des conséquences irréversibles telle que les pertes en vie humaine.

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