Gabon-Nkoltang : le collectif de la Cité Bagnole dénonce une spoliation liée au projet LEKABI

Les Gabonais réunis autour du collectif de la Cité Bagnole dénoncent une injustice criarde ©DR

Libreville, le 10 mars 2026 – (Dépêches 241). Le samedi 7 mars 2026 dernier, le collectif de la Cité Bagnole (COCIBA), à Nkoltang dans la commune de Ntoum, a tenu un point de presse. À l’ordre du jour de cette rencontre, la dénonciation de ce que ces habitants qualifient d’abus d’autorité,  de mépris des autorités et de spoliation à leur égard, notamment de l’ANUTTC, maître d’œuvre du projet LEKABI à Nkoltang. Selon les déclarations des intéressés, l’instance chargée de la régularisation foncière se serait accaparé, dans un flou total, leurs parcelles et maisons, sans ménagement préalable ni indemnisation. Une situation difficile pour ces nombreuses familles gabonaises qui se retrouvent contraintes de regarder, béates, la confiscation de leurs investissements se volatiliser, malgré les multiples interpellations adressées au président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema.

Alors qu’il est régulièrement reproché aux nouvelles autorités d’être inconstantes face aux nombreuses attentes des Gabonais, celles-ci semblent miraculeusement irréprochables lorsqu’il s’agit de déguerpir sans délai les quelques Gabonais qui, avec tout le mal du monde, ont pu acquérir un lopin de terre, quand ils n’y ont pas déjà construit. Après Plaine Orety, derrière les ambassades de Chine et de Russie, sans oublier le Carrefour SNI, le gouvernement vient, sans aucune hésitation, de réussir majestueusement l’exploit de mettre de nouveaux Gabonais à la belle étoile, sans aucun ménagement.

Une situation qui, quelles que soient les justifications avancées, ressemble davantage à une spoliation légale, loin de toute forme de dignité humaine à laquelle le gouvernement devrait être astreint, conformément à l’État de droit que le Gabon affirme être.

Pire, il semble exister un paradoxe éhonté, digne d’un amateurisme abject, entre le décret nº00128/PR/MHU du 7 juin 2021 portant déclaration d’utilité publique, qui délimite la parcelle querellée à 183 hectares, et la convention n°00083 du 27 février 2025, enregistrée le 17 mars 2025 (Vol. 51, Folio 224, nº1074), qui étend ladite parcelle à 740 hectares et sur laquelle s’appuie le projet « LEKABI ». Dès lors, comment comprendre qu’une convention en vienne à prendre le dessus sur un décret ? Les Gabonais ont-ils encore des droits dans leur propre pays ? Tout porte à croire que non. 

Plus étrange encore, et sur la base des déclarations du porte-parole du collectif de la Cité Bagnole (COCIBA), monsieur Ignanga, le titre foncier (TF N° 32802) serait vraisemblablement au nom d’un particulier. Un certain Lekabi, dont le projet porte le nom et qui, semble-t-il, serait, une fois de plus, d’origine libanaise. Et selon leur avocat, « ce titre foncier serait juridiquement inexistant ». Comme quoi, la Vᵉ République serait devenue un terreau particulièrement fertile pour les étrangers, notamment les ressortissants libanais qui, malgré les dénonciations régulières d’abus les concernant, continuent de bénéficier des faveurs du nouveau régime. Et ce, en total contradiction avec les promesses et engagements des nouvelles autorités de rendre sa dignité au peuple gabonais.

Et pour ne rien arranger, l’intéressé, via ses liens supposément opaques avec la direction générale de l’Agence Nationale de l’Urbanisme, des Travaux Topographiques et du Cadastre (ANUTTC), notamment avec les dénommés Charle Ebozo Nguema et Eric Franck Mbouma Louembé, qui les narguent avec zèle, serait parvenu à faire venir une escouade de policiers qui se relaient tous les trois jours et interdiraient tout accès aux habitants lésés au site querellé depuis près de trois semaines. Ainsi, non seulement ces habitants se sentent spoliés et désabusés par un État qui ne protège pas assez ses citoyens, mais ils ne peuvent non plus récupérer quelque bien que ce soit. 

Une façon claire de les dépouiller de tout ce qu’ils pensaient posséder jusqu’alors. Et pourtant, la Constitution semble tout à fait claire à propos des mécanismes liés au déguerpissement des populations par l’État, notamment lors de l’émission d’une déclaration d’utilité publique (DUP). Celle-ci impose à l’État non seulement de reloger ses populations, mais aussi de les indemniser après évaluation de leurs biens. Situation effarante, aucune évaluation de leurs biens n’a été faite et aucune étude de faisabilité, pourtant préalable à un tel projet, n’aurait été réalisée. Visiblement, la Vᵉ République, qui s’illustre en pire que la précédente, n’entend pas s’astreindre à sa propre Constitution et la viole un peu plus chaque jour. 

Dans le régime précédent, où le pouvoir exécutif était bicéphale, c’est le Premier ministre qui aurait été pointé du doigt pour incompétence et favoritisme envers les expatriés. Aujourd’hui, avec le régime hyper présidentiel qui caractérise cette nouvelle République, tout repose sur un seul homme : le président de la République, chef de l’État et chef du gouvernement. Et en aucune manière, il ne saurait se dérober de ses responsabilités. Dans ce contexte, le collectif, qui ne refuse pas de céder face à la force publique, exige le respect scrupuleux de la loi. Aussi fait-il appel à l’intervention du président Oligui Nguema afin de régler ce litige qu’il qualifie d’abus. 

Face à cette situation jugée injuste, les habitants de la Cité Bagnole espèrent désormais une réaction rapide des plus hautes autorités de l’État. Pour eux, il ne s’agit pas seulement d’un conflit foncier, mais d’une question de justice, de dignité et de respect des droits des citoyens. À défaut d’une clarification rapide et d’un règlement conforme à la loi, cette affaire pourrait bien devenir un nouveau symbole du fossé grandissant entre les promesses de la Vᵉ République et la réalité vécue par de nombreux Gabonais. 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*