
Libreville, le 12 Mars 2026 – (Dépêches 241). Le suicide d’un élève de 15 ans, survenu ces derniers jours au Lycée National Léon Mba, ne saurait être réduit, selon nous, à un simple fait divers isolé. Il doit plutôt être analysé comme le symptôme révélateur de la misère profonde de notre École. Cette crise, pour être pleinement comprise, peut être décomposée en deux catégories principales et interdépendantes : les défaillances structurelles, d’une part, et les défaillances fonctionnelles, d’autre part. Combinées, ces carences créent un environnement pathogène pour l’ensemble des acteurs du système éducatif.
La première catégorie de défaillances concerne l’organisation même de l’institution scolaire et les moyens qui lui sont alloués. D’emblée, il faut souligner l’absence criante de moyens humains spécialisés, notamment en matière de prise en charge psychologique des apprenants, mais aussi des encadreurs pédagogiques. Cette lacune révèle une conception toujours dominante de l’école, perçue uniquement comme un lieu de transmission du savoir, et non comme un espace de développement personnel où la santé mentale est prise en compte.
Dès lors, l’élève en souffrance, confronté à des traumatismes ou à un mal-être, se retrouve seul face à ses démons, faute de filet de sécurité incarné par un psychologue scolaire. Quant aux encadreurs, privés eux-mêmes de tout soutien psychologique dans un environnement difficile, ils deviennent moins aptes à détecter et à gérer les signaux de détresse chez leurs élèves, enfermant ainsi l’institution dans un cercle vicieux d’impuissance collective.
La seconde catégorie de carence est tout aussi observable et concerne la surveillance et l’encadrement au sein de nos établissements. On peut affirmer, sans abus de langage, que nombre d’entre eux sont devenus de véritables non-lieux, c’est-à-dire des espaces ayant perdu leur fonction première et leur autorité. Faute de moyens humains suffisants, l’absence quasi totale de contrôle efficace transforme l’école en zone de non-droit, perméable à toutes sortes de nuisances : trafics divers (stupéfiants, objets volés), violences physiques et morales peuvent ainsi s’y développer sans entrave, avec tous les corollaires que cela implique. Pour les élèves, évoluer dans un tel climat d’insécurité permanente devient une source majeure de stress, d’anxiété et de peur, générant des traumatismes profonds. L’école, censée être un sanctuaire protecteur, se mue ainsi en facteur de risque pour la santé mentale.
En définitive, le suicide de cet élève est bien plus qu’une tragédie personnelle : il est la conséquence ultime et tragique d’un système éducatif en faillite, qui a progressivement abandonné ses missions fondamentales de protection et de soutien. La misère de l’école gabonaise réside précisément dans cette double incapacité : celle d’offrir un cadre de vie serein et sécurisé sur le plan fonctionnel, et celle d’apporter un soutien humain adéquat sur le plan structurel. Ignorer ces symptômes, ce serait condamner notre institution scolaire à devenir, toujours davantage, un lieu de souffrance plutôt qu’un espace d’épanouissement.







