Gabon: quand Télesphore Obame Ngomo alerte sur les effets probable d’un pouvoir qui se dévore lui-même

Pour Télesphore Obame Ngomo,  les architectes de la transition gabonaise se muent désormais en fossoyeurs ©Dépêches 241

Libreville, le 21 avril 2026 – (Dépêches 241). À peine consolidée, la République de la « restauration » vacille, non sous les coups de ses adversaires déclarés, mais sous les assauts de ses propres enfants. Dans une tribune d’une lucidité redoutable, Télesphore Obame Ngomo, ancien président de l’OPAM et conseiller en communication à la présidence de la République sous la Transition, soulève un voile sur les intrigues qui rongent de l’intérieur le régime de Brice Clotaire Oligui Nguema. Ce que décrit l’auteur n’est pas une crise ordinaire : c’est la tentation d’une dévoration, l’amorce d’une désintégration programmée par ceux-là mêmes qui ont armé la main du changement.

Il est une loi implacable des révolutions,  même des plus feutrées : le pouvoir que l’on arrache ne s’administre pas comme celui que l’on a patiemment construit. Le Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions (CTRI), il est important de la rappeler, est entré dans l’histoire gabonaise par effraction, dans la nuit du 30 août 2023, avec la promesse d’une rupture fondatrice. 

L’ivresse des bâtisseurs, ou le vertige du pouvoir mal tenu

Deux ans plus tard, la promesse tient encore debout, mais ses murs intérieurs commencent à se lézarder. La tribune de Télesphore Obame Ngomo, voix autorisée, regard de l’intérieur, dresse un tableau que nul communiqué officiel ne saurait démentir : le pouvoir du général-président est en train de se fissurer, non par l’opposition, mais par la fièvre de ses propres courtisans. Aurélien Nguema Mintsa, frère du chef de l’État et pivot présumé d’un réseau d’influence tentaculaire, est selon  le journaliste, au cœur d’une lutte souterraine dont les premières victimes expiatoires ne sont autres que ceux qu’il a lui-même promus.

La destitution du maire de Libreville, Pierre Matthieu Obame Etoughe, pourtant adoubé par ce même réseau, apparaît dès lors moins comme un acte de gouvernance que comme le premier acte d’une épuration dont la logique, si elle n’est pas stoppée, pourrait remonter jusqu’au sommet.

La mairie de Libreville, laboratoire d’un précédent dangereux

Ce qui se joue à l’hôtel de ville de Libreville n’est pas une querelle de personnes. Obame Ngomo le formule avec une précision chirurgicale :« le sort fait au maire central est l’expérience témoin d’une jurisprudence de destitution qui, demain, pourrait s’appliquer au Palais du bord de mer » . En d’autres termes, les mains qui fabriquent aujourd’hui le précédent contre un édile à peine installé expérimentent, pour plus tard, les mécanismes d’une déstabilisation plus haute. 

L’avertissement est d’autant plus glaçant qu’il provient d’un homme qui a occupé les couloirs de la présidence et qui sait, mieux que quiconque, comment les réseaux d’influence se constituent, se retournent et se cannibalisent. Que le pouvoir ait selon lui laissé à Aurélien Nguema Mintsa le loisir de tisser, sans contrepoids, une architecture de clientèle au cœur même de ses institutions est une faute politique que la tribune désigne sans détour. Mais vouloir aujourd’hui la défaire par la cavalerie, sans discipline ni ordre de préséance, révèle une gouvernance de l’impulsion plutôt que de la stratégie. Un pouvoir qui n’est pas capable de rappeler qui en est le chef unique, au moment précis où ses affidés s’affrontent en son nom, est un pouvoir qui exhibe sa propre fragilité.

L’alerte d’un homme du sérail : avant qu’il ne soit trop tard

Ce qui confère à ce texte une gravité particulière, c’est l’identité de son auteur. Télesphore Obame Ngomo n’écrit pas depuis l’extérieur du système . Il en a été, jusqu’à une période récente, l’un des communicants officiels. Son avertissement n’est donc pas celui d’un opposant cherchant à abattre mais c’est celui d’un témoin qui a vu, de près, comment les structures informelles du pouvoir peuvent, en contrarier voire en détruire, les ambitions affichées. 

La question qu’il pose, « À peine commencé, déjà fini ? », résonne comme une mise en garde existentielle adressée à un régime qui a encore l’occasion de se ressaisir. Mais le temps se comprime. Chaque manœuvre obscure non sanctionnée valide un peu plus l’idée que le coup d’État, comme acte politique fondateur, peut être réédité. Chaque réseau toléré puis brutalement purgé, sans clarté ni justice, nourrit la défiance et instille le doute sur la capacité du général-président à exercer, seul et pleinement, la souveraineté de sa fonction. 

Il appartient donc désormais à Brice Clotaire Oligui Nguema de choisir : soit il reprend la main avec la plénitude et la clarté que commande sa charge, soit il laisse ses architectes continuer de creuser les fondations, et avec elles, toute promesse d’une restauration durable.

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