
Libreville, le 15 Mai 2026 – (Dépêches 241). Ce vendredi 15 mai 2026, la chambre d’accusation de la Cour d’appel judiciaire de Libreville a rendu son délibéré dans le dossier opposant l’État gabonais à Alain-Claude Bilie-By-Nze, ancien Premier ministre de la République. La décision est sans appel, le maintien en détention préventive est confirmé. Les recours introduits par la défense tant contre l’ordonnance de placement que contre la demande de liberté provisoire ont été balayés d’un même mouvement. Une décision attendue, scrutée, et qui ne manquera pas de nourrir le débat sur l’état de la justice gabonaise à l’heure de la Transition
En droit, la détention préventive obéit à une logique de nécessité strictement encadrée. Elle n’est admissible que lorsque l’on peut légitimement craindre la fuite du prévenu, une pression sur les témoins ou une entrave à la manifestation de la vérité. Or Alain-Claude Bilie-By-Nze présente, à l’évidence, toutes les garanties de représentation qu’un magistrat est en droit d’exiger, personnalité connue, ancrage institutionnel profond, famille établie sur le territoire national, passeport susceptible d’être consigné.
La chambre d’accusation n’a pourtant pas jugé ces éléments suffisants pour accéder aux demandes de la défense. Elle confirme ainsi l’ordonnance de placement et rejette la liberté provisoire, laissant l’ancien chef du gouvernement dans les geôles de la République dont il fut l’un des serviteurs.
Une procédure sous surveillance, une décision sous tension
Le dossier Bilie-By-Nze s’inscrit dans un contexte judiciaire particulièrement sensible. Depuis l’ouverture des poursuites, la défense ne cache pas sa conviction, celle d’être en présence d’une affaire à forte coloration politique, dans laquelle l’appareil judiciaire servirait moins la vérité que les intérêts de l’ordre nouveau. Le maintien en détention d’un homme au profil aussi élevé, sans que les garanties habituelles suffisent à convaincre la juridiction, alimentera inévitablement ce soupçon. Il faut rappeler que cette affaire a déjà suscité des interrogations au-delà des frontières gabonaises, des voix s’étant élevées au niveau international pour questionner les conditions de la détention et le respect des droits fondamentaux du prévenu.
La justice gabonaise à l’épreuve du procès en politisation
C’est ici que la décision de ce vendredi prend toute sa dimension. Dans un Gabon où le procès en politisation de la justice est désormais instruit à voix haute, par les avocats, par une partie de la société civile, et jusqu’au sein de certaines chancelleries étrangères, et même par l’histoire récente, chaque décision judiciaire touchant aux figures de l’ancien régime est analysée à la loupe de l’opportunité politique.
Le maintien en détention de Bilie-By-Nze, quelles que soient ses motivations juridiques réelles, sera lu par ses partisans comme la confirmation que la Ve République ne distingue pas encore clairement le temps judiciaire du temps politique.
Pour le gouvernement, en revanche, il s’agit d’affirmer que la justice suit son cours, indépendamment de toute considération de personne. Entre ces deux lectures, la chambre d’accusation vient d’écrire une ligne de plus dans un dossier qui restera l’un des marqueurs judiciaires et politiques de cette période charnière de l’histoire gabonaise.







