
Libreville, le 15 mai 2026-(Dépêches 241). Dans une nouvelle tribune incisive, Owone Nguema, enseignant de philosophie, se questionne en raison, en responsabilité et en cohérence sur le silence de l’État face aux dérives langagières de celui qu’on appelle affectueusement « Chocolat des Fille », à l’endroit des activistes critiques. S’il ne laisse pas souverainement entendre que l’État serait devenu le garant de la parole injurieuse, il pointe cependant une forme de complicité tacite qui pourrait y exister. Nous vous publions in extenso son libre propos.
La nouvelle stratégie de communication de la Présidence gabonaise, si on nous concède pour la circonstance de la désigner sous ces termes, vient de révéler son amateurisme le plus criant en laissant émerger un défenseur inattendu: Ntoutoume Nziengui, alias Le Chocolat des filles. Et si les choses peuvent ainsi être présentées, c’est bien parce que sa nouvelle croisade contre les activistes critiques du pouvoir intervient quelque temps après sa réception en même temps que d’autres par le Palais du bord de mer. Et le moins que l’on puisse dire est que sa guerre déclarée ne traduit pas une contre-offensive habile, mais un renoncement à bâtir une argumentation sérieuse de la part de ceux qu’on peut supposer l’avoir missionné. Espérons qu’il n’en soit rien.
Disons néanmoins que recruter, par défaut, une figure des réseaux sociaux pour porter la riposte aux activistes, c’est avouer publiquement son incapacité à répondre aux contestations sur cet espace médiatique autrement que par le bruit et la notoriété de circonstance. On aurait souhaité de l’État une parole solide, pas le recours à un influenceur transformé en rempart officieux. C’est là la preuve d’une panne d’idées profonde dans les cercles du pouvoir.
Plus encore, l’incohérence devient explosive lorsqu’on examine le registre privilégié par ce nouveau porte-voix: l’insulte et l’invective, marques de fabrique du Chocolat des filles dans cette riposte. Paradoxe: le gouvernement, drapé dans sa vertu punitive, a récemment brandi un code de communication et un arsenal répressif contre les discours haineux sur les plateformes numériques. Or, en tolérant, si ce n’est en encourageant les attaques injurieuses de leur défenseur autoproclamé, le Président, Chef du Gouvernement et ses équipes piétinent leurs propres règles. Ce deux poids, deux mesures ne signale pas une souplesse tactique, mais une inaptitude totale à maintenir une ligne cohérente, décrédibilisant par la même occasion l’édifice répressif qu’ils ont péniblement construit.
Pire encore, cette complaisance envers l’impolitesse érige l’injure en modèle social, particulièrement pour la jeunesse gabonaise. Quand aucune autorité politique ou judiciaire ne rappelle à l’ordre ce pourfendeur d’opposants, c’est le talent de bien insulter qui se trouve indirectement valorisé, comme s’il s’agissait d’une compétence à encadrer et à promouvoir. L’espace public, déjà fragilisé par des tensions verbales, risque ainsi de devenir une arène où le respect cède la place au dénigrement permanent cautionné par le sommet de l’État. Cela semble une faillite éducative doublée d’un signal désastreux envoyé aux plus jeunes au moment même où tout le monde s’accorde à constater que notre jeunesse est en dérive.
Reste une hypothèse dérangeante qu’on nous permette d’énoncer: et si cette mise en avant du Chocolat des files relevait d’un calcul cynique ? Car l’histoire est assez instructive: le pouvoir politique imite parfois le berger, qui engraisse ses bêtes pour mieux les abattre le moment venu. En exploitant la naïveté de ce jeune homme avide de visibilité, on s’offre un paratonnerre jetable, c’est-à-dire utile pour concentrer les critiques aujourd’hui, facile à désavouer demain quand ses excès deviendront trop encombrants.
Cette instrumentalisation à froid, typique d’une gestion amateure qui ne sait produire que des paravents éphémères, ne règle rien du conflit de légitimité qui ronge la communication présidentielle ; elle en souligne au contraire toute l’absence de vision durable. Ceci est un humble point de vue.







