Lutte contre la corruption : Oligui Nguema prêche à Kigali ce que Libreville attend encore

À la tribune de l’Africa CEO Forum, le Chef de l’État gabonais a tonné contre la corruption. Un discours Continental, noble dans sa forme, mais que sa propre maison peine encore à incarner © Dépêches 241

Libreville, le 15 Mai 2026 – (Dépêches 241). Présent au panel présidentiel de la treizième édition de l’Africa CEO Forum à Kigali, Brice Clotaire Oligui Nguema a érigé la lutte contre la corruption en impératif continental. « Il faut de la transparence à chaque niveau, parce qu’avec la corruption l’Afrique ne pourra pas changer », a-t-il déclaré devant un parterre de décideurs africains. Un propos juste, une posture louable, mais dont la portée réelle se mesurera moins dans les salles feutrées du Rwanda que dans les pratiques effectives de la gouvernance gabonaise, où les promesses de rupture tardent encore à se traduire en actes.

Le message délivré par le Chef de l’État depuis Kigali est, dans sa substance, irréprochable. La corruption constitue l’un des freins structurels les plus ravageurs au développement du continent africain : elle érode la confiance des investisseurs, détourne les ressources publiques des besoins populaires, et gangrène les institutions censées garantir l’équité.

Une voix gabonaise pour une cause continentale

Qu’un dirigeant africain choisisse une tribune aussi visible que l’Africa CEO Forum pour porter cette cause avec clarté et exigence mérite d’être salué. Oligui Nguema y a appelé à une mobilisation collective, exhortant ses pairs : « Nous devons lutter ensemble pour combattre ce fléau. » L’intention est noble. La solidarité de façade est tentante. Il reste à savoir si ce discours continentalement ambitieux trouve un écho sincère dans le quotidien de la gouvernance gabonaise.

Le Gabon, miroir encombrant d’un discours vertueux

Nonobstant les promesses de rupture qui ont accompagné l’avènement de la Transition, le Gabon peine à offrir au discours de son Chef de l’État le socle pratique qui lui conférerait toute sa crédibilité. Car le « fléau » dénoncé depuis Kigali n’est pas une abstraction au pays de l’estuaire du Komo : il y porte des noms, des visages, des réseaux. Des personnalités notoirement connues pour leur proximité avec le pouvoir transitoire continuent de vaquer à leurs occupations avec une sérénité que rien ne semble devoir troubler.

La lutte contre la corruption, pour être crédible, ne saurait se limiter aux dossiers hérités de l’ancien régime, elle doit s’appliquer avec la même rigueur aux nouvelles proximités du pouvoir.

Entre la parole et l’acte, l’abîme qui délégitimise

Il est une règle en matière de gouvernance : un discours sur la vertu ne vaut que ce que valent les actes qui le précèdent ou l’accompagnent. Or l’observateur gabonais, celui qui n’est pas aux premières loges de Kigali mais qui fait la queue devant une administration corrompue ou voit son quartier privé des retombées d’un marché public opaque, ne peut pas ne pas percevoir les retombées la sincérité de cette volonté. La Transition a certes engagé des poursuites contre des figures de l’ancien régime, et nul ne saurait nier que certains dossiers progressent. Mais la sélectivité judiciaire, réelle ou perçue, demeure l’un des poisons les plus insidieux d’une lutte anticorruption qui se voudrait exemplaire.

Tant que des personnalités proches du régime actuel bénéficieront d’une impunité de fait, les envolées continentales du Chef de l’État, pour sincères qu’elles puissent être, risquent de sonner creux au-delà du cercle des courtisans. L’Afrique ne changera pas avec la corruption, a dit Oligui Nguema. Le Gabon non plus et le changement commence, comme toujours, par l’exemple.

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