
Libreville, le 22 mai 2026-(Dépêches 241) Décidément, le Gabon refuse de s’accommoder d’une organisation électorale en phase avec les principes démocratiques et l’État de droit, quel que soit le type d’élection. Après les élections législatives et locales entachées d’irrégularités notoires, ayant contraint le ministre de l’Intérieur de l’époque à reconnaître leur existence, les élections professionnelles ne semblent pas avoir échappé à cette réalité. Selon le secrétaire général intérimaire du Syndicat de l’Éducation Nationale (SENA), « ces élections étaient un véritable chaos ». Une déclaration révélatrice d’un système de fraude particulièrement enraciné, réfractaire à l’avènement d’une organisation électorale transparente et crédible.
Selon des observateurs et certains acteurs ayant participé aux récentes élections professionnelles, dont le second tour a eu lieu le 18 mai dernier, ce scrutin a suivi le même chemin que les échéances législatives et locales controversées ayant permis à certaines personnes mal élues de se retrouver à l’Assemblée nationale et dans les conseils municipaux. Les acteurs dénoncent une élection professionnelle caractérisée par des fraudes massives, allant jusqu’au « bourrage d’urnes ».
Une situation particulièrement préoccupante qui laisse penser que le système électoral n’est pas prêt à changer dans notre pays. Ainsi, quelle que soit la nature des élections, certains acteurs impliqués dans leur organisation refusent d’implémenter les principes démocratiques, notamment la transparence électorale, l’observation indépendante et le respect strict des lois en vigueur en matière d’élections.
Dans ces conditions, monsieur Magloire Memiaga n’est pas passé par le dos de la cuillère. Selon ses déclarations, cette désorganisation n’aurait eu lieu que pour « écarter certains syndicats non favorables à la gouvernance actuelle du secteur éducatif gabonais », a-t-il fait entendre. Pour le syndicaliste, ces élections sont vécues comme une honte, dans la mesure où le ministre de la Fonction publique et celui de l’Intérieur, qui ont organisé ces élections, n’ont pas su tirer les leçons des différentes formes de fraude observées lors des scrutins législatifs et locaux de 2025.
Du haut de sa longue expérience syndicale, Magloire Memiaga estime que c’est « la première fois dans l’histoire des élections professionnelles où un arrêté vient abroger une loi ». Il ajoute : « Nous laissons à l’appréciation des juristes le soin de nous dire ce qui s’est passé entre la loi 18/92 et les arrêtés 600, etc. » Mieux encore, selon le SG intérimaire du SENA, « le second tour de ces élections était plus chaotique que le premier », malgré les dénonciations déjà formulées à l’issue de cette première phase. Pire encore, dans certains bureaux de vote, il y aurait eu des votes par procuration, alors même que les textes ne le permettent pas. Une situation qui semble accréditer la thèse d’une mise à l’écart organisée d’un certain type de syndicalistes.
Au regard de ce qui précède, le SG du SENA estime que ce fiasco électoral ne relève pas du simple hasard. « C’est un désordre organisé dans le but d’écarter certains syndicats du secteur éducatif », a-t-il martelé. Car rien ne saurait expliquer que le ministère de l’Intérieur et celui de la Fonction publique tolèrent un tel désordre si personne ne tire profit de la situation.
À travers ces nouvelles contestations, les élections professionnelles viennent renforcer le sentiment d’une crise profonde de gouvernance électorale au Gabon. Qu’il s’agisse des scrutins politiques ou syndicaux, les mêmes accusations de fraude, d’opacité et de manipulation reviennent avec insistance. Une répétition qui fragilise davantage la confiance des citoyens et des corps intermédiaires envers les institutions chargées d’organiser les élections. À terme, l’absence de réformes crédibles et consensuelles pourrait accentuer la défiance collective envers l’État et compromettre durablement la légitimité des processus électoraux dans le pays.







