
Libreville, le 01 juin 2026-(Dépêches). Le phénomène d’exode rural touche de plus en plus de localités au Gabon. Chaque jour, les populations, notamment les jeunes en quête d’emploi, désertent leur village pour se construire une vie dans les centres urbains. À l’instar de l’axe Mbigou-Malinga qui se vide un peu plus chaque jour, faute d’un État quasi défaillant qui éprouve les plus grandes difficultés à fournir aux habitants le strict minimum en matière de services publics. Conséquence : les écoles ferment faute d’enseignants et les médecins refusent d’aller servir dans ces coins reculés, donnant le sentiment que l’État les a simplement oubliés.
La problématique liée à l’exode rural dans plusieurs localités de l’intérieur du pays prend de plus en plus d’ampleur. La province de la Ngounié semble incontestablement faire les frais de ce déplacement presque forcé des populations, notamment sur le tronçon Mbigou-Malinga qui paraît détenir la palme d’or du phénomène. Là-bas, l’État a visiblement levé le pied et les citoyens sont contraints de se débrouiller seuls, comme si les pouvoirs publics avaient volontairement décidé de renoncer à leurs responsabilités.
Les écoles ferment faute d’enseignants et d’équipements didactiques, les déserts médicaux sont devenus la norme et les populations, abandonnées à elles-mêmes, se meurent progressivement. En réaction de survie, les habitants quittent à grande vitesse leur localité d’origine pour s’installer dans les centres urbains, dans l’espoir d’un meilleur accès aux soins, d’une école dotée d’enseignants et avec une aspiration profonde : accéder, le moment venu, à un emploi décent.
De Mambonga, en passant par Baposso jusqu’à Dienga, soit plus de cent kilomètres de parcours, les constats sont les mêmes dans chacun de ces villages : les écoles sont fermées et les centres de santé n’existent que de nom, avec un personnel qui n’a jamais pris ses fonctions, des plateaux techniques d’un autre temps et une absence totale de médicaments. En cas de maladie, il faut parcourir plusieurs dizaines de kilomètres pour espérer bénéficier de soins à peu près corrects. Enseignants et médecins refusent les affectations en raison de l’absence criarde de commodités. Une situation particulièrement grave qui a fini par faire croire à la population qu’en l’absence de l’État, seul l’exode peut lui permettre d’aspirer à un mieux-être.
Pire encore, les transports sont un véritable calvaire, une forme gabonaise des travaux d’Hercule, où les déplacements ne sont possibles que les mardis et les samedis, grâce à la seule volonté d’un natif de la localité qui, malgré les difficultés, refuse d’abandonner ses compatriotes à ce triste sort. « Ce qui m’amène à le faire, c’est parce que je suis un fils du village. Je le fais pour aider les miens. Et je suis conscient que si je ne le fais pas, personne ne le fera », fait-il savoir.
À la question de savoir si l’exode rural est la seule solution face à un État irresponsable qui semble avoir renoncé à ses devoirs régaliens consistant à assurer à sa population l’accès à la santé, à la formation et à l’emploi, la réponse peut sembler relative. Mais entre mourir à petit feu dans un environnement abandonné par l’État et chercher à survivre en quittant son village, la question semble à peine se poser. Les choses sont claires : ce n’est pas de gaieté de cœur que ces populations quittent leur terre natale ; elles le font par nécessité, en quête d’un mieux-être. Comme le résume Falcao un chauffeur de Mbigou au micro de notre confrère Gabon Média Time (GMT) : « La plupart des gens sont partis du village parce qu’il n’y a pas de moyens de subsistance. »
Ainsi, l’axe Mbigou-Malinga illustre avec une acuité particulière les conséquences de l’abandon progressif de certaines zones rurales du Gabon. Entre la fermeture des écoles, l’absence de personnel médical, les difficultés de transport et le manque d’opportunités économiques, les populations se retrouvent face à un choix douloureux : partir ou subir. Et tant que les services publics essentiels ne seront pas rétablis et renforcés dans ces localités, l’exode rural continuera de vider les villages de leurs forces vives, aggravant davantage encore les inégalités territoriales et le sentiment d’abandon ressenti par les habitants.







