
Libreville, le 3 juin 2026 – (Dépêches 241). Alors que l’opinion publique gabonaise semblait profondément convaincue que les problèmes du Gabon relevaient essentiellement de la gestion irresponsable des ressources du pays par les dirigeants du régime déchu, grande est sa surprise aujourd’hui depuis l’avènement de la Ve République. Incarnée notamment par d’anciens activistes, parmi lesquels Laurence Ndong et celui que beaucoup considéraient comme un génie de la finance, Mays Mouissi, devenus acteurs politiques, mais redoutablement efficaces dans la reproduction des pratiques de l’ancien régime. Une attitude qui tend à faire penser que leurs dénonciations d’hier n’étaient peut-être qu’une façade destinée à leur ouvrir les portes du pouvoir.
La scène politique gabonaise apparaît comme une boucle sans fin qui reproduit inlassablement les mêmes comportements, tandis qu’invariablement le peuple semble succomber à la même désillusion. Après avoir dénoncé la gestion jugée scabreuse d’Ali Bongo et de son entourage sur les réseaux sociaux et sur les plateaux de chaînes de télévision internationales durant les années, Mays Mouissi, secrétaire général de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB) et actuel ministre de l’Habitat, ainsi que Laurence Ndong, ministre de la Fonction publique et figure féminine de cette même formation politique, semblent avoir arraché le costume de la gabegie financière aux Bongo-Valentin pour l’endosser à leur tour. Et ils le portent d’ailleurs avec une certaine aisance.
Toute honte bue, ils paraissent reproduire avec un mépris et une indécence déconcertants les pratiques qu’ils dénonçaient autrefois. Le plus troublant est que non seulement le peuple qu’ils prétendaient défendre continue de souffrir sous leur gouvernance, mais rien ne semble indiquer que leur présence au sein de l’appareil d’État ait produit un quelconque impact positif notable. Au contraire, tout porte à croire que leur ambition n’était pas de transformer le système, mais plutôt de remplacer ceux qui en bénéficiaient hier.
Depuis les événements du 30 août 2023, la députée de Kango a successivement occupé les fonctions de ministre de la Communication et des Médias, ministre de la Pêche et de la Mer, puis ministre de la Fonction publique, sans que son passage dans ces différents départements ne soit marqué par des résultats particulièrement visibles. Au contraire, sa réputation controversée semble l’avoir précédée. Quant à son confrère Mays Mouissi, son parcours gouvernemental ne paraît guère plus convaincant. D’abord ministre de l’Économie et des Finances, ensuite ministre de l’Environnement, il occupe, aujourd’hui le portefeuille de l’Habitat, du Logement et du Cadastre. Mais, au regard de la multiplication des conflits fonciers observés à travers le pays, un nouveau bilan mitigé semble déjà se dessiner.
Le point le plus sensible demeure sans doute l’affaire relative aux avions militaires utilisés par les intéressés dans le cadre de la tournée nationale de l’UDB. Ce dossier, qui a largement alimenté les débats sur les réseaux sociaux, a suscité l’indignation et l’incompréhension d’une partie de l’opinion publique. Malgré les explications avancées, selon lesquelles l’appareil aurait été loué par le parti politique, beaucoup de citoyens continuent d’y voir une manifestation de la gabegie et des dépenses ostentatoires qui caractérisaient l’ancien régime. Aux yeux de nombreux observateurs, les pratiques dénoncées hier semblent aujourd’hui reproduites presque à l’identique par ceux qui s’étaient érigés en pourfendeurs du système.
In fine, à mesure que s’installe la Ve République, une question revient avec insistance dans le débat public : les nouveaux dirigeants sont-ils réellement porteurs d’une rupture avec les anciennes méthodes de gouvernance ou ne font-ils qu’en perpétuer les travers sous de nouveaux visages ? Pour une partie croissante de l’opinion, l’écart entre les discours d’hier et les actes d’aujourd’hui nourrit un profond sentiment de désillusion. Plus que jamais, les Gabonais semblent attendre de leurs responsables politiques non pas de nouvelles promesses, mais des preuves tangibles de leur volonté de gouverner autrement.







