Jeux de hasard : la réforme désormais aux mains des vénérables sénateurs

Les parlementaires de la chambre haute devraient bientôt se pencher sur le texte.

Libreville, le 17 juin 2026-(Dépêches 241). Depuis des décennies, le secteur des jeux de hasard a été laissé à l’abandon et aux mains des seuls opérateurs qui décidaient de ce qu’ils voulaient, au détriment parfois des usagers et, surtout, de l’État qui ne percevait pratiquement aucune recette liée à ce secteur de l’économie. Désormais, cela pourrait ne plus être le cas. Le ministre de l’Intérieur, Adrien Nguema Mba, a présenté devant la commission des affaires économiques, de la production et des échanges du Sénat les projets de loi portant ratification des ordonnances relatives à la réglementation des jeux de divertissement, d’argent et de hasard en République gabonaise, ainsi que celle portant création, attributions et organisation de la Gabonaise des Jeux (GDJ). L’objectif est clair : réformer le secteur et consacrer le monopole de l’État dans ce domaine. Il revient désormais aux sénateurs d’amender ou de valider le texte en l’état.

Le secteur des jeux de divertissement, d’argent et de hasard est en plein essor depuis plusieurs années. Une expansion favorisée par une absence presque totale de réglementation et de contrôle, exposant potentiellement les joueurs à des risques importants et privant, au-delà de cela, l’État d’une manne financière évaluée à plusieurs milliards de francs CFA de recettes. Ce projet de loi a pour ambition non seulement de réformer le secteur, mais surtout de replacer l’État gabonais au centre du dispositif. L’objectif est double : garantir une meilleure protection des joueurs et créer une nouvelle source de financement susceptible de soutenir le budget national.

La démarche semble louable. Toutefois, les opérateurs du secteur paraissent inquiets. Une inquiétude principalement liée au fait que l’État, à l’issue de la validation de ce projet, deviendrait le maître d’œuvre du système grâce au monopole qui lui serait consacré. Dans ce contexte, il revient aux sénateurs de la commission des affaires économiques, de la production et des échanges d’amender le texte défendu par le membre du gouvernement, afin de préserver l’attractivité du secteur. À défaut, le texte pourrait décourager les acteurs du marché, causant ainsi un manque à gagner pour l’État qui a pourtant grandement besoin de nouvelles ressources pour la réalisation des projets structurants relatifs au développement du pays.

Au-delà des considérations économiques, cette réforme devra également répondre à des impératifs sociaux. Les jeux de hasard constituent un secteur sensible qui peut engendrer des phénomènes d’addiction, d’endettement et de précarisation des populations les plus vulnérables. La future réglementation devra donc trouver un équilibre entre rentabilité économique, protection des consommateurs et préservation de l’intérêt général. Sans mécanismes de contrôle rigoureux et indépendants, le risque serait de remplacer un désordre ancien par une centralisation inefficace.

L’autre enjeu majeur réside dans la transparence de la gouvernance qui accompagnera la mise en place de la Gabonaise des Jeux. Les populations attendront des garanties sur la destination des recettes générées par cette activité. Si ces nouvelles ressources ne sont pas orientées vers des secteurs prioritaires tels que l’éducation, la santé ou les infrastructures publiques, la réforme pourrait rapidement perdre sa légitimité auprès de l’opinion publique. La confiance des citoyens dépendra donc de la capacité des autorités à démontrer que cette reprise en main sert véritablement l’intérêt national.

Cette réforme marque une étape importante dans la volonté des autorités gabonaises de reprendre le contrôle d’un secteur longtemps abandonné aux initiatives privées. Toutefois, son succès ne dépendra pas uniquement de l’instauration d’un monopole d’État. Il reposera avant tout sur la qualité du cadre réglementaire, la transparence de la gouvernance et la capacité des pouvoirs publics à concilier intérêts économiques, protection des joueurs et attractivité du marché. Les sénateurs portent désormais une responsabilité majeure : celle de construire un dispositif équilibré qui fasse des jeux de hasard un véritable levier de développement et non une nouvelle source de tensions économiques et sociales.

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