
Libreville, le 17 juin 2026-(Dépêches 241). Le 15 juin dernier, le Président de la République, Chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, était devant le parlement réuni en congrès pour faire son adresse sur l’état de la nation. Ce jour, une séquence a particulièrement interpellé l’opinion: dans un discours sans fioritures, le Chef de l’État a passé une soufflante à Eugène Mba, le maire de Libreville, sur la gestion de certaines recettes municipales, allant jusqu’à donner des orientations sur les possibles usages de celles-ci et en laissant entendre qu’il ne pouvait pas « réfléchir pour tout le monde ».
Le nouveau maire de la capitale gabonaise et ses adjoints sont-ils dans l’incapacité de réfléchir sur l’organisation et le plan d’affectation des recettes municipales ? C’est en filigrane ce que pourrait laisser poindre le récent discours du Président de la République, au sujet de l’utilisation de certaines taxes municipales. Dans une séquence tournée dernièrement devant la représentation nationale réunie en congrès au Palais Léon Mba, Oligui Nguema a vertement houspillé l’édile de la commune de Libreville sur l’usage fait des prélèvements effectués auprès des commerçantes dans les marchés.
Sur un ton quasiment pédagogique, il a indiqué à Eugène Mba comment et vers quelles entités devraient être orientées les recettes issues des marchés. « J’ai échangé avec le maire de Libreville. Je lui ai donné ce conseil. Voici comment il faut fonctionner. l’État construit des marchés et met à votre disposition (…) vous faite la table à 10 mille. Sur les 10 mille que la commerçante paye, la mairie prend 5 mille, et il reste 5 mille. Ensuite on divise 5 mille par 2, la CNSS prend 2500 pour la commerçante, la CNAMGS prend 2500 pour la commerçante. Est-ce que c’est difficile ? », s’est d’abord interrogé Oligui Nguema, visiblement agacé.
Et de poursuivre toujours au sujet des recettes prélevées auprès des commerçants au sein des marchés publics « à un moment donné il faut réfléchir. Je ne vais pas réfléchir pour tout le monde », a-t-il enguirlandé Eugène Mba devant le congrès. « Le maire doit mettre une plateforme de paiement chez lui. Sur cette plateforme vous allez recenser toutes les commerçantes et dans toutes les villes. Ainsi, quand la commerçante paye ses 10 mille, vous avez vos 5 mille. Et avec les programmes que les informaticiens mettent en place, les 2500 vont directement à la CNAMGS et les autres 2500 vont à la CNSS », a-t-il conclu cette séquence.
Une tendance permanente à sermonner publiquement ses collaborateurs ?
Cet épisode est d’une particulière similarité avec celui vécu par Raymond Ndong Sima, alors Premier ministre de la Transition, lui aussi vertement tancé en public lors de la tournée interprovinciale de Brice Clotaire Oligui Nguema de 2024. En réponse à une sortie de son Chef du Gouvernement de l’époque qui ne se reconnaissait pas dans les conclusions du Dialogue National Inclusif, car n’ayant pas participé à ce dernier, le Président de la Transition, avait réagi avec une énergie et une vigueur débordantes.
« Quand on est ensemble, on est ensemble jusqu’au bout et quand on est avec un Président, on est avec lui jusqu’au bout. S’il faut défendre mon dialogue, vous défendez mon dialogue. C’est le dialogue des Gabonais et c’est devenu le mien », avait-il lâché, le visage austère. Et de continuer en intimant gauchement à Ndong Sima d’assumer les conclusions du Dialogue National Inclusif, en tant que membre de la même équipe. « Il n’y a pas à dire je n’étais pas là-bas… Il n’y a pas à dire qu’il n’y avait que 10 ministres. Il n’y a pas à dire je ne sais pas. Il faut vous prononcer et il faut assumer. Quand on est une équipe, on ne marque pas de buts dans son propre camp », avait-il asséné ce jour.
Mis en perspective, ces deux épisodes dessinent les contours d’un mode de gouvernance désormais identifiable chez Brice Clotaire Oligui Nguema : celui d’un chef de l’État qui n’hésite pas à reprendre publiquement ses collaborateurs, à leur rappeler leurs obligations et, parfois, à leur indiquer lui-même la conduite à tenir. Hier, c’était Raymond Ndong Sima sommé d’assumer les conclusions du Dialogue National ; aujourd’hui, c’est Eugène Mba qui se voit expliquer, devant la représentation nationale, le mécanisme de gestion des recettes municipales.
Si cette méthode peut être perçue par certains comme l’expression d’une exigence de résultats et d’un leadership interventionniste, elle soulève néanmoins une interrogation plus profonde sur la capacité réelle des responsables placés à la tête des institutions à exercer pleinement leurs prérogatives. Car à mesure que le Président apparaît comme celui qui pense, oriente et corrige, se dessine en creux l’image de collaborateurs dont l’autonomie décisionnelle et la capacité d’initiative semblent constamment mises en doute. Une situation qui interroge autant sur la qualité des hommes investis des responsabilités publiques que sur le fonctionnement même de la gouvernance sous la Ve République.







