
Libreville, le 25 juin 2026-(Dépêches 241). La démocratie demeure une préoccupation majeure dans la gestion des systèmes politiques en Afrique, particulièrement en Afrique subsaharienne. Et le Gabon, malgré la transition issue de la chute du régime d’Ali Bongo Ondimba, intervenue le 30 août 2023, n’échappe pas à cette réalité. Dans ce sens, le rapport de l’institut V-Dem, spécialisé dans l’évaluation des critères crédibles de la démocratie dans le monde, classe le Gabon parmi les pays qui, malgré les nombreuses promesses et les annonces de changement, semblent avoir choisi, presque volontairement, l’autocratie à la place de la démocratie véritable.
Alors que le Gabon a véritablement amorcé son processus de démocratisation depuis les années 1990, plus de trente-cinq ans plus tard, il en est toujours à ses balbutiements. Les causes demeurent profondément enfouies et enracinées dans le système politique gabonais. Selon le rapport V-Dem 2026, le Gabon serait classé au 114e rang mondial dans l’Indice de démocratie libérale (IDL) et rangé parmi les 92 pays considérés comme des autocraties électorales, et non comme de véritables États démocratiques. Dans ce sens, la démocratie ne serait, en réalité, qu’une simple vue de l’esprit, un slogan dont se serviraient les gouvernants pour manipuler et tromper sans vergogne le peuple gabonais.
La publication de ce rapport intervient dans un contexte particulier, où le peuple gabonais, après des années de contestation du régime déchu pendant quatorze ans, se retrouve prisonnier de sa propre histoire à la suite de la prise de pouvoir des militaires par les armes en 2023. Une situation particulièrement préoccupante qui interroge quant à la réelle volonté des autorités d’implémenter la démocratie comme système politique et de gouvernance. Tout semble laisser croire que la démocratie ne serait qu’un paravent, un épouvantail destiné à détourner l’attention des populations, alors que l’essentiel se ferait ailleurs.
Autrement dit, les autorités gabonaises, aussi bien les anciennes que les nouvelles, ne semblent pas véritablement engagées à instaurer un système démocratique dans le pays. La démocratie apparaît simplement comme un moyen de diversion visant à contrôler le peuple. Dans ce contexte, les élections qui y sont régulièrement organisées n’ont pas vocation à mettre en exergue l’expression populaire. Elles s’apparentent davantage à un simulacre, à une parodie distractive dont les dés sont pipés d’avance. L’objectif étant de faire croire à l’opinion nationale et internationale que le Gabon serait entré dans le cercle fermé des pays dits démocratiques.
Or, la démocratie ne se résume ni à l’organisation d’élections, ni à des scrutins entachés de fraudes électorales massives. Un véritable État aspirant à la démocratie est avant tout un pays fondé sur le droit, où chaque citoyen peut s’exprimer librement dans les limites fixées par la loi. C’est un pays où la justice est libre, indépendante et émancipée de toute forme d’assujettissement au pouvoir. Une justice équitable est rendue au nom du seul peuple gabonais, et non pour satisfaire ou conforter les intérêts du pouvoir en place. Un État démocratique n’emprisonne pas les journalistes, la liberté de la presse étant considérée comme un principe cardinal. Un État où règne la démocratie est un État de droit où chaque citoyen est traité de la même manière, sans distinction de classe sociale ou de fonction politique.
C’est l’ensemble de ces obstacles, entretenus et perpétués aussi bien par les anciennes que par les nouvelles autorités, qui a conduit les rapporteurs de l’institut V-Dem à considérer que le Gabon ne saurait être qualifié de pays démocratique. Il serait, au mieux, un pays caractérisé par un système autocratique qui tente de dissimuler ses velléités derrière des élections dépourvues de transparence et de crédibilité. D’ailleurs, le président de la République le rappelait le 15 juin dernier devant le Parlement réuni en congrès, lors de son discours sur l’état de la Nation. Une manière à peine voilée de reconnaître que les élections, qui semblent constituer le principal indicateur de démocratie au Gabon, demeurent, malgré son accession au pouvoir, marquées par des irrégularités notoires.
Le rapport de l’institut V-Dem vient ainsi raviver un débat fondamental sur l’avenir politique du Gabon. Au-delà des discours et des promesses de rupture, la consolidation d’un véritable État démocratique exige des réformes profondes et des actes concrets en faveur de l’État de droit, de l’indépendance de la justice, de la transparence électorale et des libertés fondamentales. À défaut, le pays risque de demeurer prisonnier d’un modèle politique où l’apparence démocratique masque difficilement la persistance de pratiques autocratiques, retardant davantage son ancrage parmi les nations véritablement démocratiques.







