L’acte de décès de la SEEG signé : la « Gabonaise des Eaux » et « Électricité du Gabon », nouveaux nés de la Vème République

Comme suggéré pendant son discours sur l’état de la Nation, Brice Clotaire Oligui a finalement acté la fin de la SEEG et crée deux entités distinctes pour l’Eau et pour l’électricité © Dépêches 241

Libreville, le 26 Juin 2026 – (Dépêches 241). C’est une page de l’histoire économique gabonaise qui se tourne. Le Conseil des ministres du 25 juin 2026 a examiné deux projets de loi portant création de la Gabonaise des Eaux et d’Électricité du Gabon, deux sociétés d’économie mixte appelées à enterrer définitivement la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon dans sa forme actuelle. La SEEG, créée en 1950, privatisée en 1997 au profit de Veolia avant d’être renationalisée en 2018, aura traversé trois régimes, deux guerres tarifaires et une décennie de délestages chroniques avant que les autorités actuelles ne tranchent : le modèle intégré eau-électricité est mort, et avec lui l’idée qu’un seul opérateur pouvait gérer efficacement deux services publics aussi distincts sur un territoire aussi vaste. Le président Oligui Nguema avait annoncé la couleur devant le Parlement le 15 juin 2026. Dix jours plus tard, les textes étaient en Conseil des ministres. La République a accouché de deux nouveaux nés.

La logique de la rupture est implacable. Pendant des années, la SEEG a servi de paravent commode à une confusion des responsabilités que les Gabonais payaient rubis sur l’ongle, au propre comme au figuré. Quand l’eau manquait, c’était l’électricité qui était en cause. Quand l’électricité flanchait, c’était la gestion de l’eau qui était invoquée. La structure intégrée permettait à chaque panne de se noyer dans la complexité de l’autre secteur, rendant le contrôle quasi impossible et la responsabilisation inexistante. La scission met fin à ce jeu de miroirs : désormais, la Gabonaise des Eaux répondra sur l’eau, Électricité du Gabon répondra sur le courant, et personne ne pourra se cacher derrière l’autre. C’est un progrès de gouvernance réel, avant même d’être un progrès technique.

Le régulateur est déjà en place. Ce même 25 juin, l’Autorité de Régulation du Secteur de l’Eau Potable et de l’Énergie, l’ARSEE, a été dotée d’un organigramme complet avec des commissaires nommés secteur par secteur : production et tarification, juridique, ressources humaines, statistique et systèmes d’information. La Vème République gabonaise a choisi de créer les opérateurs et leur régulateur le même jour, un choix de cohérence institutionnelle qui évite le vide juridique dans lequel se retrouvent souvent les réformes africaines du secteur de l’énergie. Les deux nouvelles sociétés naissent donc dans un environnement réglementaire qui existe déjà, avec un arbitre qui peut immédiatement exercer son rôle. Ce séquençage n’est pas banal et mérite d’être salué.

Ce que le communiqué du Conseil des ministres ne dit pas encore est précisément ce que les Gabonais voudront savoir dans les semaines qui viennent. Qui entre au capital des deux nouvelles sociétés d’économie mixte ? À quel prix les actifs de la SEEG seront-ils valorisés et répartis entre les deux entités ? Quel sort sera réservé aux agents, leurs contrats, leurs droits acquis, leurs affectations entre les deux structures ? Et surtout : les tarifs vont-ils bouger ? La séparation en deux entités distinctes fait disparaître les économies d’échelle du modèle intégré, ce qui crée mécaniquement une pression sur les coûts que chaque opérateur devra absorber ou répercuter. Ces questions sont le cœur de la réforme, et c’est leur réponse qui dira si cette naissance est celle d’un service public amélioré ou d’une restructuration habillée en progrès.

La SEEG a survécu à tout : aux nationalisations, aux privatisations, aux coups d’État, aux plans de redressement successifs. Elle n’aura pas survécu à la Vème République gabonaise. Le Conseil des ministres du 25 juin 2026 a signé son acte de décès institutionnel et ouvert le registre des naissances pour ses deux héritières. L’histoire dira si la Gabonaise des Eaux et Électricité du Gabon feront mieux que leur ancêtre, mais au moins, pour la première fois depuis des décennies, chacune aura un seul métier, un seul bilan et une seule responsabilité. Pour des millions de Gabonais qui ont appris à dormir avec des bidons d’eau et des bougies, c’est déjà un début de réponse.

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