Gabon : quand le gouvernement Oligui Nguema prêche la bonne foi écologique en sacs plastiques

À l’occasion de la fête de la libération à Makokou, Laurence Ndong, ministre de la fonction publique à gauche et GNINGA CHANING ZENABA, ministre de l’entrepreneuriat, du commerce et des PME, à droite, en train de servir du poison dans les sacs plastiques à usage unique pourtant interdit par la loi.

Libreville, le 31 août 2026-(Dépêches 241). Le 23 septembre 2025, le Gabon entamait officiellement sa croisade contre la pollution plastique. Par un post solennel publié sur les réseaux sociaux, le Ministère de l’Environnement, de l’Écologie et du Climat annonçait l’entrée en vigueur sur l’ensemble du territoire national de l’interdiction des sacs plastiques à usage unique. Cette mesure, ancrée dans l’article 5 de l’Ordonnance n°0012/PR/2024 du 26 février 2024 et ratifiée par la Loi n°009/2024 du 5 août 2024, traduisait la volonté affichée du président Brice Clotaire Oligui Nguema de protéger la santé des populations, préserver la biodiversité gabonaise et lutter « efficacement » contre la pollution plastique. Le ministère appelait alors chaque citoyen, chaque opérateur économique et la société civile à s’impliquer pleinement dans cette transition vers un Gabon « plus propre, plus résilient et tourné vers une économie circulaire durable ».

Pour donner corps à cette ambition, l’exécutif n’avait pas lésiné sur les moyens. Une infographie officielle détaillait les cinq catégories de sacs encore tolérées à titre strictement dérogatoire, usage médical et pharmaceutique, industriel et agricole, collecte des déchets, usage alimentaire, et cabas réutilisables, précisant que ces exceptions relevaient de l’article 6 de la même ordonnance. 

Le 21 juillet 2025, le ministère avait même publié un communiqué officiel pour « clarifier la portée de la mesure » et encadrer de manière « très stricte » les dérogations, afin de rassurer les opérateurs économiques tout en maintenant, disait-on, la fermeté de la loi. La campagne « Zéro Sac Plastique » battait son plein, promettant une interdiction complémentaire des bouteilles en plastique sans bouchons solidaires dès le 1er janvier 2026. Le message était limpide : nul ne pourrait désormais ignorer la nouvelle donne écologique.

Pourtant, à peine quelques mois après cette entrée en vigueur triomphale, le même gouvernement offrait au pays un spectacle édifiant de contradictions. Lors de la fête nationale de la Libération organisée à Makokou, capitale provinciale de l’Ogooué-Ivindo , à l’occasion de l’inauguration du nouveau marché par le président de la République lui-même, Brice Clotaire Oligui Nguema, une scène pour le moins surprenante s’est déroulée sous les yeux des populations. 

Du poisson frais, vendu aux riverains et aux visiteurs, était généreusement distribué dans des sacs plastiques jetables à usage unique par les membres du gouvernement, ces mêmes sacs que la législation gabonaise entendait pourtant bannir des circuits commerciaux. L’usage alimentaire, certes prévu comme dérogation, ne saurait justifier l’utilisation de sacs à usage unique non réutilisables lors d’une cérémonie officielle de cette envergure, placée sous le regard même du chef de l’État.

Le paradoxe atteint son paroxysme lorsqu’on examine le rôle du ministre de l’Environnement de l’époque, Mays Mouissi. C’est bien sous son autorité, du 15 janvier au 14 novembre 2025, que les communiqués ont été rédigés, les infographies diffusées et la campagne de sensibilisation lancée. C’est lui qui, du haut de son ministère, appelait à la mobilisation générale pour un Gabon « plus propre ». Et c’est pourtant le même gouvernement, le même exécutif dont il fut l’un des principaux porte-parole sur ce dossier, qui organiserait ou tolérerait une telle entorse lors d’un événement national. 

Mays Mouissi, figure de proue de cette mesure et le gouvernement se retrouvent ainsi pris en flagrant délit d’incohérence : architectes d’une loi que leur propre camp est incapable de respecter, même dans les manifestations officielles placées sous l’égide du chef de l’État. L’exemplarité, pourtant brandie comme mot d’ordre, semble s’arrêter aux portes du palais. 

Cette démonstration publique de dédain envers sa propre législation porte un coup fatal à la crédibilité de la réglementation, dès lors, comment exiger des commerçants, des vendeurs de marché et des citoyens qu’ils renoncent aux sacs plastiques à usage unique lorsque l’État lui-même, sous légèreté du gouvernement, face au regard du président et de son ministère de l’Environnement, distribue allègrement du poisson dans ces emballages proscrits ?

Le message envoyé est doublement pernicieux. Il laisse entendre que la loi n’est qu’une façade destinée à endormir les consciences écologiques, et il suggère que les dérogations peuvent être interprétées avec un laxisme sans borne dès lors qu’il s’agit d’un événement politique. Les opérateurs économiques, déjà réticents à engager des coûts de transition, n’ont désormais aucune raison de se plier à une interdiction que le premier responsable de sa mise en œuvre a lui-même violé et ignoré. 

Ainsi, le Gabon se rêve en champion de la préservation environnementale, mais les actes du gouvernement peinent à suivre ses beaux discours. L’affaire des sacs plastiques de Makokou n’est pas une simple bourde protocolaire. Elle révèle une fracture profonde entre la communication politique et la réalité de la gouvernance. Tant que les plus hautes autorités du pays, et en premier lieu le ministère de l’Environnement incarné par Mays Mouissi, ne montreront pas l’exemple par des actes concrets et non par des posts Facebook, la lutte contre la pollution plastique restera une vaine promesse. Et le « Zéro Sac Plastique » ne sera qu’un slogan de campagne, jetable comme les sacs qu’il prétendait bannir.

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