Suspension des réseaux sociaux : après avoir défendu la suspension, le porte-parole reconnaît la contourner en utilisant le VPN 

Entre défense de la restriction et recours au VPN, l’aveu du porte-parole de la présidence interroge la cohérence de la mesure
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Libreville, le 5 octobre 2026-(Dépêches 241) La suspension des réseaux sociaux au Gabon depuis le mois de février dernier semble avoir mis tout le monde, sans exception, en porte-à-faux avec la loi. Du citoyen lambda au plus haut commis de l’État, tous auraient recours aux VPN pour accéder aux réseaux sociaux. La révélation a été faite le 29 septembre dernier par le conseiller spécial, porte-parole de la présidence de la République, Théophane Nzame Nze Biyoghe, lors de son passage dans l’émission « le Dafresh Morning » sur Urban FM. Au cours de cette émission, l’intéressé a reconnu être lui-même un utilisateur régulier de VPN pour accéder à Internet et aux réseaux sociaux. Une déclaration pour le moins curieuse, quand on sait que la présidence de la République avait ardemment défendu cette mesure.

Le 17 février 2026, la Haute Autorité de la Communication (HAC) annonçait la suspension des réseaux sociaux sur l’ensemble du territoire national. Dans l’immédiat, la toile gabonaise s’était enflammée, dénonçant une mesure jugée disproportionnée par certains usagers, considérant que les justifications avancées par les autorités ne résistaient pas assez au doute raisonnable. Malgré la colère d’une partie des utilisateurs, notamment ceux dont l’activité économique dépend largement de ces plateformes, la HAC est restée ferme sur sa décision.

Sous le feu de vives critiques et de la suspicion d’une main noire des plus hautes autorités derrière cette décision, la présidence de la république avait déployé son département communication pour tenter de défendre la mesure. Parmi les porte-parole de la présidence de la République mobilisés sur cette question figurait en bonne place Théophane Nzame Nze Biyoghe. Que ce soit sur le territoire ou à l’étranger, l’ancien porte-parole d’Ali Bongo à l’élection présidentielle de 2023 défendait, non sans un certain zèle, la décision de la HAC. Donnant parfois l’impression que l’institution n’avait été utilisée que comme paravent. 

Quand le défenseur de la mesure reconnaît la contourner

À chaque fois que la question de la suspension des réseaux sociaux lui avait été posée, le porte-parole de la présidence n’a eu de cesse d’avancer des arguments destinés à justifier la position des autorités, alors même que la mesure suscitait une forte controverse dans l’opinion. Des plateaux de télévision français à ceux des médias nationaux, en passant par les conférences de presse organisées par l’institution qu’il représente, il n’avait jusqu’alors concédé aucune possibilité d’abus liée à cette mesure.

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Curieusement, huit mois plus tard, celui qui a largement défendu la suspension des réseaux sociaux reconnaît être lui-même un utilisateur de VPN, pourtant présenté par les autorités comme un moyen non conforme permettant de contourner les restrictions émises par la HAC. Interrogé sur son propre accès à Internet et aux réseaux sociaux depuis leur suspension, Théophane Nzame Nze Biyoghe a répondu, après quelques hésitations, y avoir accès « Au moyen des VPN, oui. En marge de la loi, oui », a-t-il reconnu avec amertume. 

Une restriction qui ne semble plus faire consensus

Cette reconnaissance soulève dès lors plusieurs interrogations. Comment expliquer au peuple qu’il est impératif de respecter une interdiction tout en reconnaissant soi-même la contourner ? Doit-on comprendre que cette restriction ne s’adresserait qu’à une partie de la population ? Tous les citoyens gabonais, indépendamment de leur fonction ou de leur rang social, sont-ils encore placés dans une situation d’égalité devant la loi ? 

Ces questions, que  se posent légitimement les citoyens, appellent des réponses claires de la part des pouvoirs publics. Car au-delà du cas personnel du porte-parole de la présidence, c’est la cohérence même de la politique de restriction de l’accès aux réseaux sociaux qui se trouve interrogée.

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Cela dit, au-delà de cette question de conformité à la loi, devenue récurrente, voire banale dans le débat public, une interrogation plus fondamentale se pose : pourquoi maintenir une mesure qui, selon les déclarations mêmes de Théophane Nzame Nze Biyoghe, proche collaborateur du chef de l’État, peut être contournée par ceux qui souhaitent continuer à accéder aux plateformes concernées ?

Jusqu’à quand maintenir une mesure contournable ?

Si l’objectif affiché de cette suspension était de lutter contre la cybercriminalité, de renforcer la cohésion nationale et de protéger la jeunesse gabonaise contre certains contenus considérés comme illicites, il appartient désormais aux autorités d’évaluer publiquement ses résultats. La persistance du recours aux VPN par tout le monde, montre, à tout le moins, que la restriction n’empêche pas techniquement l’accès aux réseaux sociaux. Ce qui rend par conséquent, cette mesure foncièrement inopérante.

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Au fond, l’aveu de Théophane Nzame Nze Biyoghe dépasse sa seule personne. Il remet au centre du débat la question de l’efficacité, de la cohérence et de la proportionnalité de la suspension des réseaux sociaux au Gabon. Lorsqu’un responsable chargé de défendre une mesure publique reconnaît lui-même la contourner pour accéder aux plateformes interdites, le gouvernement ne peut faire l’économie d’une clarification sur les règles applicables à tous et sur leur justification.

La question n’est donc plus seulement de savoir si les Gabonais peuvent techniquement contourner la restriction, mais de déterminer jusqu’à quand une mesure dont l’efficacité et les effets continuent d’être contestés doit être maintenue. Si la suspension devait être maintenue, les autorités devront expliquer sur quels résultats concrets elles fondent ce choix. À l’inverse, si elle ne produit plus les effets recherchés, sa levée permettrait d’ouvrir un nouveau chapitre dans la gestion de l’espace numérique gabonais.

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