Appel supposé du groupe Meta à la Présidence : Mélodie Sambat s’est-elle vautrée dans une imposture communicationnelle  ?

Mélodie Jennifer Sambat, a-t-elle fait mention d’un coup de file imaginaire du groupe META ? ©DR

Libreville, le 20 février 2026 – (Dépêches 241). Depuis plusieurs jours, le paysage sociopolitique et médiatique gabonais est marqué par la suspension des réseaux sociaux décidée par la Haute Autorité de la Communication (HAC). Cette décision a été suivie du passage sur TV5 Monde de la porte-parole adjointe de la présidence de la République, Mélodie Jennifer Sambat. Au cours de cette intervention, elle aurait déclaré que la présidence aurait été contactée par les dirigeants du groupe Meta afin de négocier les règles régissant l’usage de ses plateformes au Gabon. Mais, à la lumière des faits et au regard de diverses analyses, cette déclaration semble davantage relever d’une imposture communicationnelle que d’un réel échange avec le groupe américain.

Alors que la suspension des réseaux sociaux continue de susciter de vives réactions au sein de l’opinion publique gabonaise, la présidence de la République, par la voix de sa porte-parole, a affirmé que depuis les mesures annoncées par la HAC, le gouvernement aurait été contacté par Meta pour discuter des règles encadrant la publication de certains contenus sur ses plateformes au Gabon.

Pour de nombreux observateurs, cette sortie médiatique, jugée hasardeuse et foncièrement condescendante, loin d’apaiser les tensions, a au contraire contribué à accroître le scepticisme et à faire monter le thermomètre de la colère. Certains estiment que l’objectif aurait été de présenter le Gabon comme un interlocuteur de poids face à une multinationale américaine qui pèse des milliards, et ainsi de relativiser l’impopularité de la mesure. Or, aucune confirmation officielle du côté de Meta ne vient, à ce stade, corroborer l’existence d’un tel échange. Cette absence de preuve nourrit le doute et fragilise la crédibilité du discours officiel.

Par ailleurs, plusieurs analystes soulignent une incohérence institutionnelle : dans un État de droit, il revient à l’institution ayant pris la décision, en l’occurrence la HAC, présentée comme indépendante, d’en assurer la justification publique. L’intervention directe de la présidence pour défendre cette mesure soulève ainsi des interrogations quant à l’autonomie réelle de l’autorité de régulation.

Quand la communication officielle confond prestige et prestidigitation

Cette déclaration semble d’autant plus douteuse que sur le plan économique, le poids du marché gabonais dans le chiffre d’affaires mondial de Meta resterait relativement marginal. Dès lors, l’hypothèse d’un appel direct motivé par la seule situation gabonaise apparaît, pour de nombreux observateurs, peu plausible pour ne pas dire risible. Des doutes soulevés entre autres par une actrice notoirement connue du numérique et de la musique en la personne Magalie Palmira Wora. « C’est eux qui nous ont appelé suite à la suspension d’hier. Toute la phrase est incohérente et insensée, dans le fond et dans la forme, et le tout servi sur un média international », s’est indignée l’ancienne conseillère au ministère de la Culture. 

Melodie Jennyfer Sambat aurait également justifié cette  suspension par la diffusion de contenus à caractère violent ou sexuel sur les plateformes du groupe Meta, faisant croire que la mesure visait à protéger les mineurs et à préserver la stabilité sociale. Toutefois, dans les faits, cet argumentaire demeure fragile, notamment au regard de l’extrême accessibilité des  sites à contenus à caractère violent et sexuel sur internet. D’ailleurs il y  a quelque temps, un sondage du média en ligne Gabon Média Time affirmait que ces sites étaient les plus visités sur internet au Gabon. 

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Au-delà du débat sur la véracité d’un éventuel appel, cette affaire révèle surtout une fracture croissante entre les autorités et une partie de l’opinion publique. Beaucoup y voient non seulement une restriction marquée de l’accès à l’information, mais également le signe d’un durcissement du contrôle exercé sur l’espace numérique.

En définitive, la controverse autour du supposé appel du groupe Meta met en lumière une crise de confiance plus profonde entre les gouvernants et les gouvernés. Qu’il y ait eu ou non un contact réel avec l’entreprise américaine, l’absence de transparence et de preuves tangibles alimente le doute et fragilise la parole publiques, surtout lorsqu’elle est prononcée par une femme qui semblait naguère défendre les intérêts du peuple. Dans un tel contexte, seule une communication claire, factuelle et institutionnellement cohérente permettra de restaurer la crédibilité des autorités et d’apaiser les tensions au sein de l’opinion nationale.

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