
Libreville, le 9 avril 2026 – (Dépêches 241). Il y a quatre ans, son nom s’inscrivait en lettre capitale dans les manœuvres ourdies contre Pierre Alain Mounguengui lors du scandale dit du « Capello Gate ». Aujourd’hui, Rémy Ebanega, président de l’Association nationale des footballeurs professionnels du Gabon (ANFPG), est à nouveau sur la brèche, inondant les réseaux sociaux, interpellant le chef de l’État, convoquant des rassemblements. Le masque du militant du football dissimule mal la réalité d’un homme assoiffé de pouvoir, prêt à exposer le Gabon aux foudres de la FIFA et de la CAF pour satisfaire ses seules ambitions personnelles y compris celles de ses comparses.
Le dossier Ebanega ne s’ouvre pas sur une page blanche. Stéphane Nguema, ancien joueur du FC Canon 105 et international gabonais, avait, il y a 4 ans, levé un coin du voile sur les méthodes de son ancien « président ». Il avait révélé par le biais d’une conférence de presse, avoir été approché quelques mois avant le déclenchement de l’affaire, par Rémy Ebanega pour participer à un montage infâmant et soigneusement orchestré. Quitter le pays avec sa famille contre la promesse d’un asile en Europe, et fournir en échange un faux témoignage destiné à faire exploser une bombe dans le football gabonais. « J’ai été surpris d’être abordé il y a quelques mois par mon président Rémy EBANEGA pour soi-disant faire exploser une bombe dans le football gabonais. Il fallait que je quitte le pays avec ma famille pour un asile doré », déclarait-il.
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La récidive d’un complotiste ?
En échange, poursuivait Stéphane Nguéma, il fallait faire « un faux témoignage comme une victime de Capello pour donner plus de légitimité à ce débat ». La cible désignée de cette opération de manipulation était clairement identifiée, l’actuel bureau exécutif de la Fegafoot et, au premier chef, son président Pierre Alain Mounguengui, dont la déstabilisation, à l’approche de l’élection du Comex, constituait l’objectif central du stratagème. « Cette stratégie aurait permis d’atteindre la fédération gabonaise de football et l’exposer pour une suspension de son président par la FIFA » ajoutait le joueur formé au stade rennais. Ce n’est pas là une révélation isolée, c’est bien la confirmation d’un mode opératoire rodé, celui d’un homme qui, incapable de conquérir le pouvoir par les urnes, s’emploie méthodiquement à le saisir par la fraude.
Les habits neufs d’un vieux combat ?
Quatre ans après le Capello Gate, Rémy Ebanega revient avec les mêmes instruments mais une rhétorique rafraîchie. Il brandit les réseaux sociaux comme une tribune, interpelle le président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema, convoque un rassemblement au siège de la Fegafoot pour le 13 avril prochain, après un premier meeting avorté que certains observateurs n’ont pas hésité à qualifier de « marche des recalés et des tribuns ». Cette suractivité calculée vise à donner à une entreprise purement factieuse les apparences d’un mouvement citoyen. Mais l’enrobage ne résiste pas à l’analyse.
Car en réalité, il faut pouvoir se poser une question limpide : quel combat « noble » exige de fabriquer de faux témoignages, de corrompre d’anciens coéquipiers et d’appeler de ses vœux des sanctions internationales contre son propre pays ? Stéphane Nguema, lui, a refusé l’offre. Celui qui portait le dossard 7 de la sélection nationale a décliné, malgré l’insistance de son ancien coéquipier visiblement déjà engagé dans cette stratégie de manipulation. « Mon Président a quitté le Gabon avec toute sa famille quand les noms des grands du football ont été cités dans cette affaire. Il me l’avait demandé mais je n’ai pas voulu accepter cette malheureuse aventure », avait conclu l’ancien attaquant des Panthères du Gabon.
Des « vautours » à visage découvert ?
Nombreux sont ceux qui, dans le sérail du football gabonais, décrivent les hommes qui pourfendent Pierre Alain Mounguegui avec véhémence comme des « vautours affamés et assoiffés. Une formule crue mais cliniquement exacte pour qualifier des individus qui ne s’intéressent au cadavre du football gabonais que dans la mesure où il peut encore nourrir leurs vils ambitions. Car derrière le discours moralisateur sur la gouvernance, la transparence et la défense des droits des footballeurs, c’est une logique de prédation qui s’impose, accéder aux rênes d’une fédération pour en tirer prestige, ressources et influence.
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L’ingérence politique revendiquée, jusqu’à solliciter l’arbitrage du président de la République dans un contentieux électif,, l’acceptation délibérée du risque de sanctions de la FIFA et de la CAF, la fabrication présumée de faux témoignages, autant de signaux qui révèlent non pas des réformateurs, mais des opportunistes prêts à brûler la maison pour en recueillir les cendres.
Rémy Ebanega ne fait pas de la politique du football, il fait de la politique tout court, avec le football comme paravent. Et le rassemblement du 13 avril, qu’il annonce avec le même entrain qu’il mettait autrefois à solliciter de faux témoins, et à fomenter des complots, s’inscrit dans cette continuité. Et en définitive, le Gabon mérite mieux que ces éternels retours du même théâtre d’ombres.







