
Libreville, le 20 février 2026 – (Dépêches 241). S’il est vrai que le coup de force du 30 août 2023, qui a renversé Ali Bongo Ondimba et ses sbires, semble s’être progressivement transformé en désillusion pour une large frange de la population. Il faut néanmoins lui reconnaître une qualité indéniable: il a surtout permis de révéler le vrai visage d’une nouvelle génération d’acteurs politiques brillant par l’imposture et dont l’engagement d’hier semble aujourd’hui n’avoir été qu’un tremplin vers les privilèges du pouvoir. Parmi eux, le cas de Mélodie Sambat apparaît non pas comme un simple symptôme mais comme le caractère emblématique d’une norme éhontée de la politique au Gabon.
Le principal trait de caractère des femmes et des hommes politiques gabonais se résume-t-il à leur capacité déconcertante à se renier ? La réponse à cette interrogation semble évidente. Ancienne figure assidue des rassemblements du Trocadéro à Paris, où les Gabonais de la diaspora manifestaient chaque samedi au lendemain de la présidentielle d’août 2016, Mélodie Sambat, femme fiere et caractérielle incarnait alors la ferveur militante aux côtés des partisans de Jean Ping.
Elle réclamait et défendait avec hargne et ardeur le respect des droits humains, la transparence électorale, la démocratie, les libertés individuelles et l’État de droit. Aujourd’hui propulsée au rang de porte-parole n°2 de la présidence de la République, elle semble avoir opéré une mue spectaculaire : celle qui dénonçait l’arbitraire se retrouve désormais à en justifier les mécanismes. Celle qui s’insurgeait contre les violations des libertés renvoie à la face du monde le portrait d’une militante recyclée, désormais fossoyeuse des libertés.
Comme quoi, la défense des libertés individuelles et collectives n’aurait-elle eu de valeur que tant qu’elle en était privée. Une fois installée dans les arcanes du pouvoir, Mélodie Sambat ne se contente pas d’un silence prudent : elle se vautre à défendre avec un zèle visible assumé e t une condescendance ampoulée des dérives liberticides et attentatoire aux libertés individuelles. Hier, au front au Trocadéro pour battre le pavé et diffuser ces marches via des lives sur les réseaux, Mélodie Sambat s’emploie maintenant à prêter sa voix pour défendre et justifier la censure des réseaux sociaux, pourtant jadis instruments essentiels de son propre combat contre le régime déchu.
Les plateformes qui avaient servi à mobiliser et à dénoncer les dérives d’hier deviennent, sous sa nouvelle posture, des menaces qu’il conviendrait de restreindre au nom d’un ordre supérieur qui défavorise le plus grand nombre. L’indécence ne semble plus choquer.
Cette posture de retournement et de trahison sans rougir de ses idéaux n’est pas seulement politique, elle est également immorale. Comment expliquer qu’une militante ayant bâti sa légitimité sur la dénonciation de l’oppression d’un régime autocratique, expert des violations individuelles puisse aujourd’hui cautionner ce qui s’apparente, pour beaucoup, à une restriction assumée des libertés publiques ? Ce qui choque, ce n’est pas l’évolution d’une carrière, mais l’ampleur du reniement. L’argumentaire a changé, le ton a changé, mais la ferveur demeure, simplement déplacée au service du pouvoir en place.
L’art gabonais du retournement de veste sans état d’âme ?
Ce phénomène dépasse le cas individuel. Il traduit une constante inquiétante de la vie politique gabonaise. La facilité avec laquelle certains acteurs passent du statut d’opposant indigné à celui de défenseur inconditionnel du pouvoir, quelle que soit sa nature parce que désormais au voisinage de l’éclaircie.. Hier critiques du Parti démocratique gabonais, aujourd’hui prompts à épouser les contours d’une gouvernance militaire, certains activistes semblent considérer que l’accès aux cercles décisionnels vaut absolution de toutes les contradictions.
Ainsi, le peuple gabonais apparaît une fois de plus comme le grand perdant de ces métamorphoses opportunistes. Les idéaux brandis hier comme des étendards semblent avoir été rangés au placard dès l’instant où se sont ouvertes les portes du palais. Dès lors, la politique, au Gabon, serait-elle devenue l’art d’oublier ses convictions au profit de sa survie personnelle ?
Le cas de Mélodie Sambat symbolise une crise plus profonde : celle de la crédibilité de l’engagement politique au Gabon. Celle de l’opportunisme politique élevé au rang de doctrine. Lorsqu’une militante des libertés devient, aux yeux de nombreux citoyens, la défenseure de décisions restrictives, ce n’est pas seulement une trajectoire individuelle qui interroge, mais l’essence même du combat politique qui est perverti. À force de renoncements et de revirements, la confiance populaire s’érode. Et sans confiance, aucune transition, qu’elle soit militaire ou civile, ne peut durablement prétendre incarner le renouveau tant promis.







