
Libreville, le 30 octobre 2026-(Dépêches 241) Le ministère de la Communication et des Médias entend relancer le processus d’établissement de la Carte de presse, un document présenté comme indispensable à la reconnaissance du statut de journaliste et à l’exercice de la profession. Il y a quelques jours, à la Maison Georges Rawiri, le secrétaire général du ministère de la communication et des médias, Hass Nziengui, a rencontré les patrons de la presse locale, à l’effet de les sensibiliser sur la nécessité d’encourager leurs collaborateurs à obtenir ce précieux sésame. En parallèle, la même rencontre a examiné les modalités de répartition de la subvention d’aide à la presse écrite et numérique. Le fait de traiter ces deux dossiers dans une même rencontre mérite qu’on s’y arrête.
Si rien, dans les propos officiels, ne dit formellement que la carte conditionnera l’accès à la subvention, le message adressé aux patrons de presse est on ne peut plus clair : obtenez la carte de presse pour vos journalistes, et préparez vos dossiers de subvention. La Commission chargée de l’attribution de la carte ne s’est d’ailleurs pas réunie depuis cinq ans, ce qui explique la situation préoccupante que le ministère entend remédier. Mais en liant calendrier, sensibilisation et dépôt des dossiers, les autorités créent un climat où la carte devient un passage quasi obligé pour toute entreprise de presse souhaitant prétendre à l’aide publique.
Dans un contexte marqué par les difficultés économiques des entreprises de presse, la subvention publique est pour beaucoup de médias gabonais une question de survie. Si la carte de presse en devenait le facteur déterminant, les autorités disposeraient d’un levier de pression considérable sur le paysage médiatique : reconnaissance des journalistes, donc viabilité des rédactions, donc accès aux financements publics. Selon nos confrères de L’UNION, le ministère affirme vouloir une « répartition transparente et équitable » fondée sur « des critères objectifs », mais la frontière entre critère objectif et instrument de sélection reste fragile.
Pour une meilleure concertation avec les responsables des médias, les autorités entendent préparer les prochaines assises de la Commission de la Carte de presse et celles consacrées à la répartition de la subvention, dans l’objectif affiché de renforcer la viabilité des médias et le pluralisme de la presse gabonaise. Si ces concertations se révèlent sincères et inclusives, elles pourraient poser les bases d’un appui public apolitique. À l’inverse, si les critères d’attribution de la subvention restent flous ou si la carte de presse s’impose comme condition implicite, l’aide de l’État risquerait de devenir un instrument de tri entre médias « acceptables » et médias tenus à l’écart.
Quoi qu’il en soit, la relance de la Carte de presse est en soi une nécessité, tant sa délivrance est restée en sommeil depuis cinq ans. Mais en la mettant au cœur des discussions sur la subvention d’aide à la presse, le ministère de la Communication ouvre la porte à un risque réel : celui de voir ce document devenir, de fait, l’un des facteurs les plus importants, voire le facteur décisif, déterminant quels médias bénéficieront de l’aide de l’État. Or, une presse subventionnée selon des critères opaques est une presse fragilisée.
Il appartient désormais aux prochaines assises de garantir que la carte de presse serve la reconnaissance professionnelle des journalistes, et non la sélection économique des médias.







