Présence étrangère au Gabon : l’équilibre entre ouverture et intérêts nationaux en question

Souveraineté économique, accès au foncier, protection des nationaux, la Ve République ne semble pas pour l’heure à la hauteur de ses promesses © Dépêches 241

Libreville, le 27 octobre 2026 – (Dépêches 241). Depuis l’arrivée au pouvoir de Brice Clotaire Oligui Nguéma, le 30 août 2023, la place des ressortissants étrangers dans l’économie et la société gabonaise continue d’alimenter le débat public. Si leur contribution au développement du pays est indéniable dans plusieurs secteurs, les interrogations relatives à l’accès au foncier, aux opportunités économiques et à la participation des nationaux à la création de richesses demeurent. Autant de préoccupations qui invitent les pouvoirs publics à clarifier leur politique en la matière et à donner une traduction concrète à la promesse de restauration de la dignité nationale.

Dans un pays qui aspire à renforcer sa souveraineté économique, la question n’est pas tant celle de la présence des étrangers que celle des conditions dans lesquelles ils prennent part à la vie nationale. De l’entrepreneuriat à l’immobilier, en passant par le commerce et l’emploi, les règles doivent garantir un équilibre entre l’attractivité du Gabon, la liberté d’investir et la protection des intérêts des citoyens. 

Pour une partie de l’opinion, cet équilibre ne serait pas toujours suffisamment perceptible. Le sentiment d’une concurrence inégale, notamment chez les jeunes entrepreneurs et les ménages confrontés aux difficultés d’accès à la propriété, mérite ainsi d’être entendu et examiné à la lumière de données objectives.

Ces préoccupations interpellent directement les institutions. L’État a la responsabilité de veiller à ce que les règles relatives à l’acquisition des terres, à l’exercice des activités économiques et à l’accès aux marchés soient connues, respectées et appliquées sans distinction. Les opérateurs économiques, quelle que soit leur nationalité, ont également un rôle à jouer : investir dans le respect des lois, contribuer à la création d’emplois, entretenir des relations équilibrées avec les communautés locales et participer durablement au développement du pays qui les accueille. L’ouverture économique ne saurait se concevoir sans réciprocité, pas plus que la protection des intérêts nationaux ne devrait se traduire par une mise en cause collective des ressortissants étrangers.

Les polémiques récentes sur les réseaux sociaux, notamment autour de certaines démonstrations de richesse, témoignent d’une sensibilité croissante à la question des inégalités et du partage des opportunités. L’affaire impliquant Oumou Sininta, épouse de l’homme d’affaires Seydou Kama Diola, illustre cette attention de l’opinion à l’exposition des fortunes privées. Pour autant, l’affichage d’un train de vie, à lui seul, ne permet pas de conclure à une quelconque irrégularité. La réponse à ces controverses gagne donc à s’appuyer sur des faits établis, plutôt que sur des jugements liés à l’origine ou à la nationalité des personnes concernées.

Trois ans après le changement de pouvoir, l’enjeu est désormais de faire correspondre les ambitions affichées aux réalités vécues par les Gabonais. La restauration de la dignité nationale suppose des mécanismes transparents d’accès au foncier, une politique de soutien aux entrepreneurs locaux, une application rigoureuse de la législation et un dialogue constant entre les autorités, les acteurs économiques et les populations. 

Elle implique également que les investisseurs et les résidents étrangers prennent pleinement la mesure de leurs responsabilités envers le pays dans lequel ils exercent leurs activités. Au fond, la véritable exigence n’est pas de choisir entre les Gabonais et les étrangers, mais de faire en sorte que chacun contribue au développement national dans le respect des lois et des droits de tous. C’est à cette condition que l’ouverture du Gabon pourra être vécue non comme une menace, mais comme une opportunité partagée.

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