
Libreville, le 27 Octobre 2026 – (Dépêches 241). Derrière l’arrestation de David J. Rush aux États-Unis se dessine une affaire aux ramifications gabonaises particulièrement sensibles. Selon les révélations d’Africa Intelligence, l’ancien fonctionnaire de la CIA aurait noué avec Jean-Charles Solon, ex-patron du Service de Liaison administrative et Militaire (Silam), une coopération parallèle qui aurait échappé au contrôle de leurs hiérarchies respectives. Au cœur du dossier, des fonds publics américains détournés, des sociétés privées aux intérêts imbriqués et des données sensibles captées dans des conditions qui interrogent directement la souveraineté de l’État gabonais.
Tout commence en 2024, lorsque la CIA met fin à sa coopération bilatérale avec le Silam, dispositif stratégique du renseignement technique gabonais. Pour Jean-Charles Solon, alors à la tête dudit service, cette décision constitue autant un revers opérationnel qu’une perte financière. Car, selon les informations publiées par Africa Intelligence, le responsable français, ancien de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), avait développé parallèlement un réseau de sociétés privées intervenant dans son environnement professionnel.
La fin du partenariat officiel aurait ainsi fragilisé des intérêts dépassant le seul cadre institutionnel. C’est dans ce contexte qu’intervient David J. Rush, fonctionnaire de la direction technique de la CIA, détenteur d’une habilitation de sécurité particulièrement élevée lui permettant de mettre en place certaines opérations sans référer à sa hiérarchie. À la coopération interrompue succède alors une relation informelle dont les contours, les bénéficiaires et les garanties de contrôle allaient devenir le véritable enjeu de cette affaire.
La NSA comme paravent, le secret comme argument
À en croire l’enquête d’Africa Intelligence, David J. Rush aurait repris contact avec Jean-Charles Solon en se présentant comme un opérationnel de la National Security Agency (NSA), plutôt que comme un agent agissant dans le cadre de ses fonctions à la CIA. L’Américain aurait proposé au Français l’idée de relancer un programme technique consacré à la surveillance des flux transitant par les câbles de télécommunications sous-marins.
Le dispositif aurait été présenté comme si confidentiel que ni la présidence gabonaise, ni le Chef de l’Etat Brice Clotaire Oligui Nguema ni les directions des deux agences américaines n’en auraient été informées. Autrement dit, les deux hommes auraient engagé une opération sensible en usant de la crédibilité d’institutions publiques sans que celles-ci en maîtrisent réellement les contours. Le secret, normalement destiné à protéger les intérêts nationaux, aurait ainsi servi à soustraire leur entreprise à la vigilance de ceux qui auraient dû en exercer le contrôle.
Des intérêts privés au cœur d’une opération d’État
Le montage présumé prend une dimension plus préoccupante lorsqu’apparaît le réseau de sociétés associé à Jean-Charles Solon. Des structures établies notamment en France, en Suisse, aux Émirats arabes unis, au Maroc et au Gabon auraient gravité autour de ses activités, parmi lesquelles STR Africa et Milas Import-Export, tandis que la holding Argustore aurait constitué l’une des pièces de cet ensemble.
Selon Africa Intelligence, David J. Rush aurait exploité cette architecture pour faire de son interlocuteur gabonais un partenaire utile à ses opérations de détournement. L’Américain aurait notamment fait miroiter des programmes secrets d’interception et de transfert de données, prétendument conduits par des techniciens spécialisés, tandis que des sociétés liées à Jean-Charles Solon auraient été rémunérées.
La question est alors difficile à éluder. Où s’arrêtait la mission publique et où commençaient les intérêts commerciaux ? Si les faits rapportés sont établis, la confusion entre responsabilités institutionnelles et intérêts privés aurait exposé les ressources publiques américaines à des détournements, tout en faisant peser un risque sur la maîtrise gabonaise de données stratégiques.
194 millions de dollars, des lingots d’or et des données sensibles
L’affaire prend une tournure judiciaire majeure avec l’arrestation de David J. Rush en mai 2026, à son domicile de Virginie. Les enquêteurs du FBI y auraient découvert près de 300 lingots d’or, 2,1 millions de dollars, 100 000 euros en espèces et une trentaine de montres de luxe. Début octobre, l’ancien fonctionnaire de la CIA a plaidé coupable d’escroquerie au gouvernement américain portant sur 194 millions de dollars de fonds publics, selon les éléments rapportés.
Plusieurs montages présumés auraient permis de financer des opérations fictives, des acquisitions immobilières et des achats d’or officiellement justifiés par les besoins du renseignement, mais destinés, en réalité, à son enrichissement personnel. La dimension gabonaise du dossier ne se limite toutefois pas à l’argent. Toujours selon Africa Intelligence, les activités menées avec le Silam auraient donné lieu à des interceptions et à des captations de données hors du cadre légal, au bénéfice d’un ou de plusieurs pays étrangers.
Si cette information est confirmée, il ne s’agirait donc plus seulement d’une fraude financière américaine, mais d’une affaire susceptible de mettre en cause la sécurité des communications et la souveraineté numérique du Gabon.
À Libreville, le silence comme ligne de défense ?
La coopération parallèle aurait pris fin en novembre 2025, lorsque les agissements de David J. Rush auraient éveillé les soupçons de sa hiérarchie. En septembre 2026, des agents de la CIA se seraient rendus à Libreville pour examiner les installations concernées et tenter de retracer la destination des données captées. Entre-temps, Jean-Charles Solon avait été écarté de la direction du Silam, remplacé par le général Bernard Gnamakala, avant de quitter le Gabon. Son épouse et associée, Brigitte Solon-Courcel, aurait ensuite effectué un bref séjour dans le pays afin, notamment, de liquider certaines sociétés et de céder des actifs.
Mais une autre question demeure : quelle réponse les autorités gabonaises entendent-elles apporter à des faits qui, s’ils étaient avérés, auraient pu se dérouler au sein même d’un appareil stratégique de l’État ?
Africa Intelligence affirme que Brice Clotaire Oligui Nguema n’aurait ordonné ni enquête ni audit sur la gestion du service, privilégiant la préservation des relations avec Washington. Une telle option, si elle se confirmait, laisserait entière l’exigence de transparence. Car si les secrets du renseignement peuvent justifier la discrétion sur les méthodes, ils ne sauraient, à eux seuls, dispenser de rechercher d’éventuelles responsabilités lorsque des fonds publics, des données sensibles et les intérêts fondamentaux du pays sont en jeu et exploités par non nationaux pour des destinations et des usages inconnus.







