
Libreville, le 30 octobre 2026-(Dépêches 241) Le bras de fer autour de la réforme de la loi sur les partis politiques au Gabon prend désormais une dimension sous-régionale. Réuni en conférence de presse mercredi 28 octobre à Libreville, le regroupement des partis politiques connu sous le nom de « Bloc des 5 », a demandé l’activation d’une médiation préventive de la CEEAC. À l’origine de cette offensive, la décision rendue le 12 octobre par la Cour constitutionnelle, qui a déclaré irrecevable le recours du Parti républicain et démocratique (PRD), membre de la plateforme, contre la délibération du Conseil des ministres du 18 septembre portant modification de la loi sur les partis politiques. Le Bloc estime que le pluralisme politique issu de la Conférence nationale de 1990 serait désormais menacé et interpelle directement le président Brice Clotaire Oligui Nguema comme garant des institutions.
Le regroupement attaque frontalement le projet de réforme porté par le gouvernement, qui prévoit notamment de porter de 60 à 90 jours, le délai d’instruction des demandes de légalisation et d’imposer aux partis existants une mise en conformité avec les nouvelles exigences, notamment celle des 10 000 Numéros d’identification personnelle. Le gouvernement défend l’application de règles identiques aux formations déjà reconnues et aux nouveaux partis, quand le Bloc des 5 y voit une volonté de réduire drastiquement le nombre de formations politiques et dénonce une « rationalisation autoritaire du champ politique ». Aussi estime-t-il que « Dès cet instant, chers compatriotes, les menaces faisant peser sur le multipartisme au Gabon demeurent existentielles », a déclaré Ariel Éloi Iwangou-Iwangou. Selon le regroupement, le nombre important de partis, 104 formations légalement reconnues et 45 dossiers en instance, ne constitue pas en soi une anomalie, contrairement à l’argument avancé par le gouvernement pour justifier la nécessité de mieux structurer le paysage politique.
Face à ce blocage institutionnel, le Bloc des 5 réclame une « médiation préventive » de la CEEAC, en invoquant l’article 32 du traité révisé relatif au Conseil de paix et de sécurité de l’Afrique centrale (COPAX), et sollicite l’implication du président centrafricain Faustin-Archange Touadéra, facilitateur pendant la Transition gabonaise. L’objectif affiché est explicite : « éviter que le débat politique, faute d’espace institutionnel approprié, ne se déverse dans la rue ». Le bloc des 5 s’en prend parallèlement à la Commission nationale de la démocratie et de la participation citoyenne (CNDPC), accusée d’inaction, et exige la convocation de son assemblée plénière pour ouvrir un dialogue politique formel. Selon lui, la liste des 104 partis demeure la seule référence en vigueur, car « une norme ancienne demeurant valable tant qu’une norme nouvelle ne l’a pas abrogée ».
Le Bloc refuse enfin que partis politiques et société civile soient placés sur le même plan au sein de la CNDPC. Pour ses membres, les partis ont vocation à conquérir et exercer le pouvoir par les élections, tandis que la société civile assure un rôle de contrôle et d’interpellation. « Vouloir les confondre, c’est organiser la confusion des genres et la dilution du débat démocratique », a soutenu Ariel Éloi Iwangou-Iwangou, estimant que le Conseil économique, social, environnemental et culturel constitue déjà l’espace constitutionnel destiné à la société civile. Cette position qui relève toutefois de l’interprétation politique du Bloc. Sur le plan juridique, le regroupement invoque un précédent de décembre 2021 pour dénoncer une jurisprudence fluctuante, alors qu’une nuance importante existe : la décision n°043/CC du 24 décembre 2021 concernait l’arrêté n°0559/PM du Premier ministre, et non une délibération du Conseil des ministres deux actes de nature juridique différente, qui fragilisent le parallèle établi par le Bloc.
Ainsi, la crise ouverte par la réforme de la loi sur les partis politiques révèle des fractures profondes autant politiques que juridiques entre le pouvoir et l’opposition gabonaise. Si le gouvernement affirme œuvrer à une meilleure structuration du paysage partisan, le Bloc des 5 y voit une menace existentielle pour les acquis de la Conférence nationale de 1990. Le recours aux mécanismes régionaux de la CEEAC et l’interpellation directe du président Oligui Nguema témoignent de l’ampleur des tensions : sans espace de dialogue institutionnel retrouvé, notamment via la CNDPC, le débat risque de quitter les salles de réunion pour la rue, au détriment de la stabilité démocratique du pays.







