
Libreville, le 25 Juin 2025 – (Dépêches 241). Au Gabon, la dette publique a franchi la ligne rouge. Avec un ratio de 72,5% du PIB en 2024, le pays dépasse le seuil de tolérance fixé par la CEMAC. Ce n’est plus un simple chiffre. La Banque mondiale est formelle. Dans son dernier baromètre de la CEMAC, elle indique que « le ratio dette totale/PIB reste élevé dans les pays tels que le Congo (93,5%) et le Gabon (72,5%), dépassant le critère de convergence régional fixé à 70% du PIB. » Derrière cette formule politiquement correct, se cache précisément une réalité brutale: l’État vit à crédit.
En 2024, le Gabon peinerait à équilibrer son budget. On se souvient encore d’un Charles Mba alors ministre du Budget a la recherche d’une centaine de milliards de FCFA pour boucler le budget. Les recettes diminuent, les dépenses explosent, et la dette avale tout sur son passage. Le pays est contraint de recourir de plus en plus au marché régional des titres publics… mais les investisseurs ne suivent plus. Le rapport de la Banque Mondiale note d’ailleurs une situation tendue « les taux moyens de souscription des titres publics ont fortement baissé, passant de 80,4% en 2023 à 43,5% à la fin octobre 2024 »
Pour éviter le pire, Libreville a lancé en mars 2025 une opération de « reprofilage » de sa dette intérieure baptisée MOUELE. En clair, on repousse les échéances pour souffler un peu. « Le Gabon […] a lancé […] une opération de reprofilage de sa dette intérieure afin d’allonger la maturité de ses titres », note la Banque mondiale. Mais il ne faut pas s’y tromper : repousser n’est pas régler. C’est une mesure de court terme et non une solution durable.
Pendant ce temps les conséquences sont concrètes : à force de payer les créanciers, l’État n’a plus les moyens d’assurer ses missions essentielles. Dans la CEMAC, dont le Gabon est un des piliers économiques, « autant de ressources [sont consacrées] au service de la dette qu’à l’éducation, et plus du double de ce qu’elle alloue à la santé publique ». Cette comparaison en dit long. Chaque franc dépensé pour rembourser la dette est un franc de moins pour les hôpitaux, les routes ou les enseignants.
Et pendant ce temps les cabinets ministériels alourdissent la note
La Banque mondiale appelle à une reprise en main. « Il serait essentiel de réduire ces coûts pour permettre à la région de se concentrer sur ses priorités de développement ». Cela implique de collecter plus de recettes intérieures, de mieux dépenser, et surtout, de rompre avec la gestion opaque du passé. Car au fond, ce que réclame la Banque, ce que réclame le pays, c’est une gestion sobre, efficace… et responsable. Or, en alourdissant la note des cabinets ministériels et présidentiels, on en est loin, très loin.







