
Libreville, le 27 août 2025 – (Dépêches 241). Au pays des licornes politiques et des puzzles électoraux sans pièces, voilà que Brice Clotaire Oligui Nguema, tel un justicier des urnes, s’invite dans le débat avec une missive cinglante à l’adresse du ministère de l’Intérieur. Le 23 août, dans un souffle aussi solennel qu’une photo de campagne retouchée, le président gabonais a dénoncé « des incongruités inacceptables » portant « atteinte à l’équité » du processus électoral. Une prise de position aussi rare qu’une heure de pointe sans embouteillage à Libreville.
Depuis l’annonce des recalés aux législatives et locales du 27 septembre 2025, les candidats mis au rebut pleurent leur sort comme des enfants devant un jouet brisé. Mais, grande surprise, ce cri de rage a trouvé en la personne du chef de l’État un allié inattendu, presque déçu par la disparition flagrante du sacro-saint principe d’équité. Inédit pour un président qui, jusqu’ici , laissait dans l’ombre ces petites bisbilles électorales.
Dans un français diplomatiquement intransigeant et soigneusement tempéré par la voix d’un conseiller — histoire de ne pas trop fatiguer les oreilles sensibles — Brice Clotaire a dénoncé l’opacité du ministère chargé de dérouler le scrutin. « Ces pratiques sont inacceptables ! », a-t-il tonné, avec la virulence d’un conférencier en mal de buzz. Comment ne pas ressentir l’émotion d’un homme qui réclame que tout… soit transparent, rigoureux, républicain et, évidemment, respecté.
Mais, rendez-vous compte : derrière cette posture morale, qui pourrait bien être un simple coup de bluff ou une manœuvre pour calmer les agitateurs, plane un parfum de déjà-vu. N’est-ce pas un père fouettard qui vient sermonner ses petits diables, tout en continuant à fermer l’œil sur les privilèges des protégés ? Le président exige que « les prochaines élections se déroulent dans les mêmes conditions d’intégrité, de transparence et de paix », et c’est touchant, presque émouvant. Mais, bien sûr, le diable — ou plutôt le politicien — se cache dans les détails, surtout quand toutes ces incohérences et triturations profitent beaucoup plus au parti présidentiel.
Faut-il croire à cette soudaine sensibilité démocratique du chef de l’État ? Ou n’assiste-t-on qu’à la version gabonaise d’un remake où le président joue le rôle du « bon flic » en promettant monts et merveilles pour que le spectacle électoral se déroule sans trop de scandales ? Pendant ce temps, des dizaines de candidats recalés attendent, pantelants, une justice qui se fait désirer, tandis que la machine électorale, opaque comme toujours, continue son chemin en mode pilote automatique.
Dans ce théâtre politique à l’affiche répétée, Brice Oligui Nguema vient de jouer une scène rocambolesque. Reste à savoir s’il s’agit d’un éclair de lucidité ou d’une pirouette destinée à perpétuer la même mascarade. Laissons donc les recalés continuer de pleurer leurs chances perdues et les autorités « compétentes » gérer — ou ignorer — ces doléances sous un soleil gabonais, toujours aussi éclatant, mais éternellement complice des coulisses troubles.
Ainsi va la démocratie made in Gabon : un spectacle grandiose où la transparence se fait l’écho d’une promesse, la rigueur le refrain d’une chanson oubliée, et l’équité… une chimère qui attend désespérément son héros, ou du moins un bon scénariste.
L’épilogue ? Brice Oligui Nguema, chevalier blanc ou illusionniste, continue de brouiller les pistes, pendant que les recalés pleurent, la démocratie survit ou vacille, c’est selon… Et ce fut déjà le cas sous le régime ancien.







