
Libreville le 23 septembre 2025-(Dépêches 241). À quelques jours du double scrutin législatif et local du 27 septembre prochain, une polémique enfle dans plusieurs localités du Gabon. De Libreville à l’intérieur du pays, des témoignages font état d’un transport massif et organisé d’électeurs vers des circonscriptions où ils ne résident pas. Une pratique décriée, assimilée à une véritable déportation électorale, qui permet artificiellement de gonfler les fichiers électoraux. Dans certaines zones, le nombre d’inscrits a même bondi de plus de 30 % entre la présidentielle d’avril et les élections couplées de septembre.
Cette stratégie, qui ressemble à s’y méprendre à une manœuvre de manipulation électorale, semble avoir pour objectif de fragiliser certains adversaires politiques et de donner un avantage décisif aux candidats réputés proches du pouvoir. Elle constitue une entorse flagrante à la nouvelle loi électorale, qui interdit toute forme de transfert d’électeurs d’une circonscription à une autre. Ces agissements posent donc un sérieux problème de transparence et de crédibilité à un scrutin déjà scruté avec méfiance.
Le paradoxe est d’autant plus criant que ces mêmes acteurs politiques, désormais accusés de manipuler les règles du jeu, s’étaient présentés comme les chantres du changement et de la rupture dans la nouvelle République impulsée par le président Brice Clotaire Oligui Nguema. Malgré les avertissements du chef de l’État, qui avait enjoint la Commission nationale d’organisation des élections (CNOCER) de respecter scrupuleusement la loi, certains candidats semblent s’être engouffrés dans une logique contraire, foulant au pied les principes qu’ils prétendent défendre.
Les articles 3 et 362 du Code électoral sont pourtant clairs. Ce dernier stipule expressément que « la fraude, le transfert d’électeurs d’une circonscription électorale à une autre ou d’un bureau de vote à un autre, la corruption, l’empêchement et la séquestration, lorsqu’ils entachent une élection d’irrégularité, peuvent entraîner son annulation, s’il est reconnu par la Cour constitutionnelle ou le tribunal administratif compétent, selon le cas, qu’ils ont faussé le résultat du scrutin de manière déterminante pour l’élection des candidats ». Autrement dit, les contrevenants s’exposent à des sanctions lourdes, allant jusqu’à l’annulation pure et simple de leur élection.
Au-delà du risque juridique, le coût politique de telles pratiques pourrait se révéler dévastateur. Car si des invalidations venaient à frapper plusieurs circonscriptions, c’est l’avenir même de certains jeunes candidats, tout comme la crédibilité de leurs partis, qui seraient compromis. Cette logique de court terme, visant à s’assurer une victoire coûte que coûte, pourrait bien se retourner contre ses initiateurs et miner durablement leur légitimité auprès des électeurs.
Face à ce qui s’apparente à une transhumance électorale organisée, les nouvelles autorités sont désormais interpellées. La sévérité de leur réaction conditionnera la confiance placée par les citoyens dans l’État de droit et dans la promesse d’une cinquième République rompant avec les pratiques du passé. Car derrière ces manœuvres se joue bien plus qu’une simple compétition électorale : c’est la crédibilité de la démocratie gabonaise, l’image du pays à l’international et la stabilité de ses institutions qui sont en jeu.
Ainsi, si la transhumance électorale se confirme comme une réalité de ces législatives, elle deviendrait le nouveau cancer politique du Gabon, sapant les fondations de sa démocratie naissante. Il appartient donc aux autorités de faire respecter avec rigueur les dispositions de la loi électorale et de mettre un terme à ces manigances. Malheur à ceux qui persisteront dans cette voie : la loi prévoit déjà leur chute, et avec elle, l’effondrement de toute crédibilité politique bâtie sur le faux et la fraude.







