Gabon: Alex Kedy Obame, l’informaticien de la DGSS placé sous mandat de dépôt pour soupçons d’extorsion sur les Bongo-Valentin 

Alex Kedy Obame, agent de la GR et informaticien à la DGSS aurait été placé sous mandat de dépôt suite à la vidéo publiée par Princesse de Souba ©Dépêches 241

Libreville, le 17 décembre 2025 – (Dépêches 241). Après le procès relatif à l’affaire de l’ex-Première dame du Gabon, Sylvia Bongo Ondimba, et de son fils Noureddin Bongo Valentin, diffusé en grande pompe sur les médias publics, les conséquences continuent de faire des ravages au sein de la classe dirigeante. La dernière victime en date n’est autre que l’informaticien de la Direction générale des services spéciaux (DGSS), Alex Kedy Obame, qui aurait été écroué à la prison centrale de Libreville, le 12 décembre dernier. En effet, dans une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux, on y voit l’intéressé en pleine opération d’extorsion de fonds, au cours de laquelle il aurait fait vider l’un des comptes de Noureddin Bongo à son bénéfice, sous prétexte de sa libération future. Une scène surréaliste qui renforce l’idée de l’implication de plusieurs acteurs et personnalités dans cette saga politico-judiciaire. 

Le procès censé mettre fin à l’affaire Sylvia Bongo et son fils Noureddin Bongo Valentin n’aura finalement pas atteint le but escompté: celui de clore définitivement le chapitre. Car, malgré les condamnations par contumace des ex-pensionnaires de Sans-Famille et de leurs coaccusés, rien n’y fait. Les noms continuent de tomber et de nombreuses autres victimes attendent patiemment que leur heure sonne. C’est ce qui, visiblement, serait arrivé à sieur Alex Kedy Obame, informaticien à la DGSS et présumé proche du président de la République, chef de l’État Brice Clotaire Oligui Nguema, qui a été placé sous mandat de dépôt et déféré à la prison centrale de Libreville.

Une vidéo virale aux allures de scandale d’État

Il a suffi d’une seule vidéo publiée par le canal de l’activisme Princesse de Souba, le montrant en train de faire les poches à Noureddin Bongo Valentin par le biais de l’épouse de ce dernier, garantissant que cet argent servirait à soudoyer toutes les personnes qui plaideraient en faveur de leur sortie de prison, et à les épargner également des supposées tortures dont ils se disent victimes. 

La vidéo fait état de plus de 240 000 euros, soit 157 millions de FCFA, sortis de l’un des comptes de la victime. Finalement, l’argent viré sur le compte personnel de Kedy Obame n’aurait été qu’une vulgaire escroquerie, une arnaque qui viserait à extorquer et à spolier Noureddin et sa famille. Mais c’était sans compter sur l’ingéniosité et la malice de ce dernier qui, malgré les pressions exercées sur lui, aura réussi avec son entourage, à filmer toute la scène en caméra cachée. En effet, la vidéo y relative, publiée par l’activiste de la diaspora gabonaise en France, montre le déroulement de l’opération de bout en bout. 

L’arnaque filmée de bout en bout

L’informaticien, qui, selon une certaine opinion, se serait spécialisé dans la suppression des comptes des activistes et de ceux des opposants radicaux au régime, se vante d’être un proche de l’actuel chef de l’État gabonais, tout en assurant à ses victimes de justifier ce virement bancaire comme une prestation informatique, au cas où des questions seraient posées sur la nature de la transaction. Il déclare notamment « Tout à l’heure, j’ai rendez-vous avec le président dans 46 minutes », comme pour signifier que le chef de l’État était ou devait être au fait de cette opération de virement bancaire.

Pour tenter de convaincre l’épouse de sa victime du bien-fondé de cette opération bancaire, il est allé jusqu’à vilipender le président de la République, affirmant que celui-ci ne s’intéressait qu’à l’argent que Nourredin et sa mère, Sylvia, possédaient. Selon ses propres déclarations, l’arrestation et le maintien en détention des deux anciens prisonniers ne relevaient pas de la justice, mais seulement de la volonté du président de faire main basse sur les biens multiformes de cette famille. Il aurait déclaré dans cette affaire :« C’est Nou (Nourredin) contre l’État gabonais », sans véritablement préciser ce que l’État reprochait à ce dernier.

La proximité avec le pouvoir comme argument de vente

Il va encore plus loin, comme pour faire croire à l’épouse de sa victime qu’il était absolument de leur côté. Ainsi, tout ce qu’il leur faisait, y compris cette extorsion, était, selon lui, à leur avantage, l’objectif final étant que Noureddin et sa mère recouvrent leur liberté. Selon ses propos, la justice était irrévocablement absente, parce qu’elle n’avait pas sa place dans leur situation. À ce titre, il estimait, non sans une certaine assurance en s’interrogeant « Quelle justice ? Quelle justice ? ». Avant d’ajouter « On est tous condamnables là. Même le président est poursuivable, si on commence à parler de justice », avait-il indiqué.

Au-delà d’un homme, la faillite d’un système

Au-delà du cas d’Alex Kedy Obame, cette affaire met en lumière les dérives profondes d’un système où la proximité supposée avec le pouvoir devient un instrument de pression, de manipulation et d’enrichissement personnel. Elle interroge frontalement le fonctionnement réel de l’appareil sécuritaire et judiciaire, ainsi que l’usage cynique du nom de l’État dans des pratiques manifestement délictueuses. Tant que toute la lumière ne sera pas faite sur les complicités éventuelles et les responsabilités à tous les niveaux, cette affaire continuera d’alimenter le doute et la défiance envers les institutions. 

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