Gabon: l’acquisition controversée d’hélicoptères militaires Pakistanais à près de 10 milliards via un intermédiaire privé

Les révélations par Africa Intelligence de l’achat présumée des hélicoptères d’attaque de type Mil Mi-35M par le Gabon via l’homme d’affaire Burkinabé suscite des interrogations ©Dépêches 241

Libreville, le 10 février 2025 – (Dépêches 241) L’acquisition prochaine d’hélicoptères d’attaque de type Mil Mi-35M par le Gabon suscite de nombreuses interrogations, tant au sein de l’opinion publique que dans les rangs des forces de défense et de sécurité. Selon le média Africa Intelligence, ces appareils militaires russes, actuellement stationnés au Pakistan, auraient été obtenus par l’entremise de l’homme d’affaires burkinabè Mahamadou Bonkoungou, agissant à la demande du Président Brice Clotaire Oligui Nguema. Une délégation gabonaise se serait rendue mi-décembre au Pakistan afin de finaliser cette transaction, dont les contours demeurent largement méconnus.

À première vue, cet achat peut se justifier par le renforcement des capacités militaires du Gabon,  s’inscrivant ainsi dans une logique stratégique visant à moderniser l’outil de défense nationale. Toutefois, le recours à un intermédiaire privé dans un domaine aussi sensible que l’armement soulève de sérieuses préoccupations. Le Gabon entretient historiquement des relations diplomatiques et militaires avec plusieurs partenaires internationaux, notamment la Russie, ce qui rend difficilement compréhensible l’utilisation d’un canal indirect pour acquérir du matériel militaire de fabrication russe.

Cette situation alimente les spéculations sur d’éventuelles contraintes diplomatiques ou financières qui auraient poussé les autorités gabonaises à contourner les circuits traditionnels d’acquisition d’équipements militaires. Plus troublant encore, le choix porté sur Mahamadou Bonkoungou, dont le nom revient régulièrement dans certaines transactions controversées sur le continent, nourrit le scepticisme quant à la transparence et à la régularité de cette opération. Dans un contexte où la gouvernance militaire et la souveraineté nationale constituent des enjeux majeurs, cette démarche interroge sur le rôle réel des institutions étatiques dans la gestion des acquisitions stratégiques.

Au-delà de la question de la transparence, se pose celle de l’opérationnalité de ces équipements. L’acquisition de matériels militaires sophistiqués, tels que les hélicoptères Mi-35M, nécessite généralement un accompagnement technique approfondi, notamment en matière de formation des pilotes, de maintenance et d’approvisionnement en pièces de rechange. Or, en l’absence d’un cadre d’acquisition officiel impliquant directement le constructeur ou l’État fournisseur, le Gabon pourrait se retrouver confronté à des difficultés logistiques et techniques susceptibles de compromettre l’efficacité de ces appareils.

Par ailleurs, cette affaire soulève également des préoccupations d’ordre budgétaire. Le coût estimé de cette transaction, évoqué à hauteur d’environ 5 milliards de francs CFA l’unité, pose la question de la traçabilité des fonds mobilisés pour cette acquisition. Dans un contexte économique marqué par de nombreuses attentes sociales, notamment dans les secteurs de l’éducation, de la santé ou encore des infrastructures, l’opinion publique s’interroge sur la pertinence et la logique ayant présidé au choix de cette dépense militaire.

Face à ces zones d’ombre, de plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer un contrôle institutionnel rigoureux. Plusieurs observateurs estiment que le Parlement devrait exercer pleinement son rôle de contrôle de l’action gouvernementale, notamment en examinant la régularité juridique et financière de cette acquisition. Une telle démarche permettrait non seulement de rassurer l’opinion publique, mais également de garantir que les équipements acquis répondent aux normes opérationnelles et sécuritaires exigées par les forces armées gabonaises.

Ainsi, quoique l’acquisition d’hélicoptères militaires constitue un enjeu stratégique majeur pour la défense nationale, toutefois, lorsque ce type d’opération s’effectue dans un climat d’opacité et par le biais d’intermédiaires privés, il fragilise la crédibilité des institutions et alimente les suspicions sur la gestion des ressources publiques. Dans un État qui aspire à consolider sa souveraineté et la confiance de ses citoyens, la transparence, la rigueur juridique et le contrôle démocratique doivent rester les fondements incontournables de toute politique d’équipement militaire.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*