Affaire CNSS/CNAMGS et Clik Afrik: La frappe à 3,2 milliards de Mark Alexandre Ndoumba ?

Le ministre de l’Économie Numérique, de la Digitalisation et de l’Innovation est au coeur d’une affaire de malversation financière d’une particulière gravité ©DR

Libreville, le 11 février 2026 – (Dépêches 241). Depuis bientôt une semaine, un nouveau scandale ébranle la Cinquième République Gabonaise. Le ministre de l’Économie Numérique, de la Digitalisation et de l’Innovation se trouverait impliqué dans une affaire de conflit d’intérêts, délit d’initié et trafic d’influence, dans un contrat d’un montant de 3,2 milliards passé entre la CNSS, la CNAMGS et la société ClikAfrik, dont il serait l’un des fondateurs, et par ailleurs, ancien dirigeant. Une situation qui interroge à plus d’un titre sur la volonté réelle du nouveau régime à mettre définitivement un terme à la corruption et à l’opacité au sommet de l’État.

L’affaire CNSS, CNAMGS et Clic Afrik pourrait bien grossir la liste des nombreux scandales économiques et financiers ayant émaillé la Transition et ce début de Cinquième République. Elle révèle que Mark Alexandre Ndoumba, actuel ministre de l’Économie Numérique, de la Digitalisation et de l’Innovation serait activement impliqué dans une affaire de passation de marché public sans appel d’offres et sans cahier des charges véritablement établi entre les parties. Toute chose qui constitue une violation flagrante du Code des marchés publics.

Pire, des soupçons sur d’éventuelles pressions institutionnelles  dans cette opération, au regard du positionnement d’antan de l’actuel membre du Gouvernement émergent de plus en plus. Selon plusieurs détails révélés, la société Clic Afrik aurait une proximité établie avec le fils d’Émile Ndoumba, qui en serait l’un des fondateurs et ancien dirigeant. Toute chose qui confine à l’idée que ladite entité pourrait avoir reçu le marché sur la base de cette affinité sans respect de procédure de passation de marché public. 

Une lutte sélective contre la corruption ?

Dans le nouveau Gabon, on multiplie la signature des décrets, on fait continuellement des déclarations pour supposément combattre la corruption au sommet de l’État, pourtant tous ces actes n’arrêtent pas les faits de détournements et malversations financières. On a surtout l’impression que les lois ne sont conçues que pour traquer le « petit voyou », le fonctionnaire modeste, tout en offrant une sorte d’immunité de fait à ceux qui orchestrent les grands flux financiers suspects.

La lutte contre la corruption semble devenir de plus en plus un outil de règlement de comptes politiques. On ne combat plus les dérives, on élimine les rivaux en utilisant la morale comme arme de guerre. Le pouvoir prône pourtant la transparence pour le citoyen lambda, mais semble cultiver l’ombre pour certains de ses hauts commis.

L’exigence de cohérence et d’exemplarité dans la lutte contre la corruption 

Ce que beaucoup aujourd’hui n’hésitent plus à qualifier de lutte de façade produit désormais un effet dévastateur dans l’opinion: il s’agit de la rupture de confiance entre les populations et leurs dirigeants. Quand le sommet prêche en permanence l’austérité et l’éthique tout en cautionnant des privilèges et abus indécents de certains de son cercle, il ne lutte plus contre la corruption, il l’institutionnalise.

Enfin, pour que la lutte contre la corruption cesse d’être une farce, elle doit quitter le champ de la communication pour celui de l’exemplarité. Une lutte cohérente ne demande pas d’interminables discours, elle exige l’indépendance effective du pouvoir judiciaire, la fin de l’impunité pour les crimes économiques et financiers et une transparence de tous les instants sur les grands contrats publics.

Aussi longtemps que la justice continuera de punir ceux qui volent un œuf tout en esquivant ceux qui s’illustrent par des malversations et autres combines financières, la corruption pourrait encore demeurer le cœur battant de la gouvernance de la Cinquième République.

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