Gabon : Étudiant, privé de bourse par l’ANBG et poignardé à mort pour 500 FCFA en exerçant un petit métier

Paulin Nkoume, étudiant à l’Institut National de la Jeunesse et des Sports (INJS) a perdu la vie en exerçant un métier parce que précarisé par l’ANBG ©DR

Libreville, le 2 mars 2026 – (Dépêches 241). Le samedi 28 février 2026, au PK7, à la gare routière des départs pour l’Ogooué-Ivindo, Paulin Nkoume, étudiant à l’Institut National de la Jeunesse et des Sports (INJS), a été arraché à la vie pour 500 FCFA. La scène semble irréaliste pour le pays à revenu intermédiaire supérieur qu’est le Gabon où, sous le regard malveillant de l’Agence nationale des bourses du Gabon (ANBG), qui ne paie pas les bourses à temps, les étudiants sont livrés à eux-mêmes pour survivre.

Originaire de la province de l’Ogooué-Ivindo, dans le regroupement des villages Koumameyong-Ekarlong, étudiant en troisième année à l’Institut National de la Jeunesse et des Sports, n’ayant pas perçu sa bourse, comme beaucoup d’étudiants livrés à eux-mêmes, il s’est rendu à la gare routière pour charger des bus moyennant 500 FCFA par client, à l’effet de subvenir aux besoins de sa petite famille.

Seulement, cette journée ne se déroulera pas comme d’ordinaire. Le jeune étudiant trouvera malheureusement la mort à l’issue d’une altercation qui a éclaté avec un autre chargeur. Les témoignages font état d’une bagarre qui aurait éclaté entre le défunt et un autre chargeur. Ce dernier, n’ayant pas réussi à prendre le dessus lors de la confrontation et se sentant humilié, serait revenu surprendre le jeune Paulin Nkoume. Il lui aurait asséné plusieurs coups de couteau au niveau des épaules, le poignardant à plusieurs reprises sur le flanc gauche. Malheureusement, l’un des coups lui a été fatal. Conduit manu militari à l’Hôpital d’instruction des armées du PK9, le jeune homme a rendu l’âme quelques heures après.

Une situation particulièrement douloureuse et éprouvante pour sa petite famille, notamment pour sa fille et sa compagne qui, à leur grand désarroi, ne verront plus Paulin Nkoume en vie. Ce drame aurait été causé, vraisemblablement, en raison de la modique somme de 500 francs CFA. Pour avoir été choisi par une cliente à qui il a semblé familier, un étudiant aux portes du travail, un père de famille, un compagnon, vient tristement de laisser sa vie. Que dire de ses parents, amis et connaissances qui doivent certainement être inconsolables à l’heure actuelle ?

Quelle responsabilité pour l’ANBG ? 

Cette situation dramatique intervient alors que l’Agence nationale des bourses du Gabon (ANBG) semble se complaire à payer les bourses aux étudiants en retard, plongeant ainsi de nombreux jeunes apprenants dans une situation de précarité insoutenable. Dans un pays à l’absence criante de débouchés, et où aucune politique d’emploi étudiant n’est mise en place, les jeunes femmes sont enclines à se livrer à la prostitution pour survivre. Quant aux jeunes hommes, ils sont contraints d’aller faire des travaux manuels ou de s’improviser chargeurs, comme ce fut le cas du jeune Paulin Nkoume.

Alors que le nouveau régime s’est engagé à rendre sa dignité au peuple gabonais, à travers des emplois décents, des logements adéquats et des services étatiques de qualité, l’ANBG brille par une léthargie abjecte et indigne d’une agence sous tutelle de la présidence de la République. Si, dans un passé récent, le 10 de chaque mois était réservé au paiement des bourses aux étudiants du Gabon et de la diaspora, il n’en est plus rien aujourd’hui. Plus personne ne semble capable de dire avec exactitude la date à laquelle cette bourse est versée de nos jours.

Le pire, c’est qu’à mesure que les années s’écoulent, le non-paiement à date s’installe comme une habitude et semble devenir la norme. Ni le directeur général de l’ANBG ni les plus hautes autorités ne s’en préoccupent. Conséquence directe : les étudiants doivent se débrouiller seuls pour survivre et, au bout de ce processus de débrouillardise, c’est trop souvent la mort.

Reste à savoir si, à l’issue de ce décès, somme toute regrettable, le pouvoir actuel fera le nécessaire pour remettre les pendules à l’heure et remédier définitivement à cette situation. À défaut, comme tant d’autres partis dans le silence, Paulin Nkoume, sacrifié pour 500 francs CFA, pourrait ne pas être le dernier. D’autres pourraient le suivre, parfois pour moins que ça.

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