
Libreville, le 15 avril 2026 – (Dépêches 241). L’affaire opposant l’État gabonais au groupe Santullo connaît un nouveau rebondissement. À l’issue d’un procès qui aurait pu être évité si le Gabon s’était tenu à l’accord auquel il avait librement consenti en 2024, de nombreuses interrogations émergent. Tout se passe comme si l’Agence judiciaire de l’État était totalement absente tout en se compromettant consciemment, alors même que sa mission consiste à orienter, défendre et protéger les intérêts de l’État. Une situation pour le moins préoccupante, qui témoigne d’une gestion de plus en plus opaque et même anti-républicaine, des affaires juridiques publiques.
C’est un véritable séisme judiciaire qui secoue les arcanes du pouvoir gabonais de la Ve République naissante, depuis quelques jours. En effet, au terme de ce que certains observateurs et spécialistes du droit qualifient de marathon judiciaire, la Cour d’appel de Paris a condamné l’État gabonais face au groupement Santullo. Une issue difficilement compréhensible pour de nombreux analystes.
L’État gabonais semble aujourd’hui payer le prix de ses propres contradictions. Après avoir signé un accord transactionnel avec le groupe Santullo en 2024, puis obtenu son homologation par le tribunal de Paris, il a tenté de revenir sur ses engagements quand bien même l’argent de Santullo était déjà thésaurisé. Une posture qui interroge sur la cohérence et la rigueur de la stratégie juridique adoptée, et qui renvoie l’image d’un amateurisme préjudiciable aux intérêts du pays.
Au-delà du verdict, cette affaire met en lumière le flou persistant qui entoure le fonctionnement de l’Agence judiciaire de l’État. Les erreurs semblent s’accumuler, laissant penser à une absence de coordination et de vision stratégique. À chaque situation de crise, l’État s’engage dans des accords qu’il finit, paradoxalement, par contester, fragilisant ainsi sa crédibilité devant les juridictions internationales.
Une telle gestion des contentieux internationaux n’est pas sans conséquences. Elle expose le Gabon à des pertes financières importantes, mais aussi à une dégradation de son image auprès des partenaires économiques et des investisseurs étrangers, qui privilégient la sécurité juridique et la stabilité des engagements contractuels. Et les perspectives ne sont guère rassurantes. Un autre contentieux d’envergure semble déjà se profiler, cette fois avec la société Webcor. Alors que l’opinion publique pensait le différend définitivement clos, de nouvelles informations laissent entendre que l’entreprise préparerait une nouvelle offensive judiciaire contre l’État gabonais.
Selon le journal Africa Intelligence, le 24 février dernier la société Webcor a déposé une plainte au parquet de Paris contre le Gabon plus précisément contre l’Agence Judiciaire de l’Etat et sa directrice Diane Moussounda. L’entreprise maltaise accuse le Gabon d’avoir amplement consommé les chefs d’accusations d’escroquerie et de tentative d’escroquerie. Une accusation grave qui pourrait ouvrir la voie à un nouveau bras de fer judiciaire et même à une condamnation malgré une décision antérieure du tribunal de commerce de Paris favorable au Gabon.
Au-delà des spéculations, l’affaire Santullo, loin d’être un simple litige commercial, apparaît comme le symptôme d’un dysfonctionnement plus profond dans la gestion des affaires juridiques de l’État gabonais. Entre incohérences stratégiques, manque de rigueur, absence de lisibilité, et compromission, c’est la crédibilité même de l’État qui se trouve particulièrement entachée et écornée.
À l’heure où d’autres contentieux pointent à l’horizon, une réforme en profondeur de la gouvernance juridique publique semble plus que jamais indispensable pour éviter que de tels revers ne se répètent.







