
Libreville, le 4 mars 2026 – (Dépêches 241). Le Tribunal correctionnel de Libreville a rendu, le mardi 3 mars 2026, une décision de condamnation à l’encontre du journaliste sportif Freddy Koula Moussavou pour injures publiques envers Pierre-Alain Mounguengui, président de la Fédération Gabonaise de Football (Fegafoot). Une décision fondée en droit, qui illustre avec clarté où s’arrête la critique légitime et où commence l’offense punissable.
Les faits à l’origine de cette affaire remontent au mois de février 2025. Lors d’une émission télévisée, Freddy Koula, consultant sportif notoirement connu, avait qualifié Pierre-Alain Mounguengui de « piètre dirigeant sportif » et de « minable arbitre ». Des termes qui, loin de relever d’une analyse critique fondée sur des faits objectifs et vérifiables, s’apparentent davantage à une attaque personnelle directe et gratuite.
C’est précisément ce distinguo que le tribunal correctionnel de Libreville a su opérer avec rigueur. Initialement poursuivi pour diffamation, infraction qui suppose l’allégation ou l’imputation d’un fait précis portant atteinte à l’honneur et à la considération d’une personne, le prévenu a finalement été reconnu coupable d’injures publiques.
Cette requalification n’est pas assurément pas anodine. Elle reflète la nature même des propos tenus. Il est important de souligner que l’injure, contrairement à la diffamation, ne repose pas sur un fait susceptible de preuve contraire, mais sur une expression outrageante dépourvue de toute base factuelle. Or, traiter quelqu’un de « minable » ne démontre rien. Cela, au contraire, blesse, stigmatise et dégrade.
Une sanction proportionnée, un signal fort
La peine prononcée, six mois d’emprisonnement avec sursis, une amende de 200 000 FCFA, et deux millions de FCFA de dommages et intérêts au profit de la partie civile, est à la mesure de la gravité des propos tenus et de leur retentissement public. Le sursis accordé traduit la volonté du tribunal de sanctionner sans nécessairement priver le condamné de liberté, tout en lui adressant un avertissement sans appel.
La réparation civile accordée à Pierre-Alain Mounguengui est, quant à elle, pleinement justifiée. Président d’une institution sportive nationale, il incarne une fonction publique exposée au regard de tous. Être insulté publiquement, à la télévision, devant des milliers de téléspectateurs, porte inévitablement atteinte à sa dignité, à son autorité et à la crédibilité de l’institution qu’il dirige. Les dommages et intérêts alloués visent à réparer ce préjudice moral réel.
Koula Moussavou fait appel : la procédure suit son cours
Fréddy Koula a annoncé sa décision d’interjeter appel de ce jugement rendu en premier ressort. C’est son droit le plus strict, garanti par les principes fondamentaux d’un État de droit. La procédure d’appel permettra à la Cour compétente de réexaminer l’ensemble des éléments de l’affaire, tant sur le fond que sur la forme, et de confirmer, infirmer ou modifier la décision du tribunal.
Cet appel suspend provisoirement l’exécution de la peine, mais ne remet pas en cause la solidité juridique du raisonnement du tribunal. Il appartiendra aux juges d’appel de dire si la décision de première instance résiste à l’examen. En attendant, la condamnation prononcée reste un signal fort : nul, journaliste ou citoyen, ne saurait s’abriter derrière un micro ou un plateau de télévision pour insulter impunément.
La parole publique n’est pas sans conséquences : un rappel nécessaire
L’affaire Koula doit résonner bien au-delà du monde du sport et des médias. Elle rappelle, avec force, que la liberté d’expression, droit fondamental et pilier de toute démocratie, n’est pas un chèque en blanc pour l’excès et l’offense. Elle s’exerce dans un cadre légal précis, qui distingue la critique constructive de l’insulte, le commentaire engagé du propos dégradant.
À l’heure des réseaux sociaux, des émissions en direct et des paroles qui se propagent en quelques secondes à des milliers de personnes, cette affaire est un rappel salutaire. Chaque mot compte, chaque propos engage la responsabilité. Journalistes, commentateurs, internautes ou simples citoyens, chacun doit mesurer le poids de ses mots avant de les rendre publics. La liberté de parole est un droit précieux ; elle exige, en retour, un usage responsable et respectueux de la dignité d’autrui.







