Élection du CNOG maintenue au 25 avril: le CIO dit NON à Kessany et rejette l’ingérence du gouvernement 

Quelques jours après la FIFA et la CAF, c’est au tour du Comité Olympique International de signifier au ministre des Sports que ses interventions ne trouvent aucun fondement dans les textes, ni dans les faits ©Dépêches 241

Libreville, le 23 avril 2026 – (Dépêches 241). Dans un courrier daté du 22 avril 2026, le Comité International Olympique a répondu au ministre gabonais des Sports Paul Ulrich Kessany, qui avait unilatéralement décidé de suspendre l’Assemblée Générale Élective du CNOG prévue au 25 avril. La réponse du CIO est nette, documentée, et sans appel. Il n’est « pas en mesure à ce stade d’interrompre soudainement et sans raison objective le processus en cours ». Ce désaveu, le troisième en quelques jours après ceux de la FIFA et de la CAF sur le dossier Fegafoot, dessine le portrait d’un ministre qui s’est aventuré sur un terrain miné, entraînant avec lui la crédibilité d’un gouvernement tout entier.

La lettre que Paul Ulrich Kessany a adressée le 8 avril dernier à la présidente du CIO procédait d’une logique que l’on retrouve, hélas, avec une régularité troublante dans la gestion du sport gabonais sous la Ve République: celle de l’intervention administrative habillée en préoccupation de gouvernance.

Le ministre des Sports avait demandé le report de l’Assemblée Générale Élective du Comité National Olympique Gabonais. En retour n’a même pas obtenu une discussion, c’est un rappel à l’ordre qui lui a été adressé en guise de réponse. « À notre connaissance, le registre des membres actuels de l’Assemblée Générale du CNOG n’a fait l’objet d’aucune contestation lors des précédentes réunions, y compris lors de la dernière Assemblée Générale le 21 mars 2026, dont la tenue n’a pas non plus été remise en cause » indique le courrier. 

Ce passage du courrier du CIO est redoutable dans sa précision chirurgicale. Il ne conteste pas seulement la décision ministérielle, il en dévoile l’inconsistance et la légèreté. Si le registre des membres n’a jamais été contesté, si l’Assemblée Générale du 21 mars s’est tenue sans que quiconque en remette en cause la légitimité, quelle urgence nouvelle aurait pu justifier la suspension de celle du 25 avril ? La réponse ici est dans la question : aucune. Et c’est précisément ce que dit l’instance olympique internationale avec la sécheresse élégante qui caractérise ce type de correspondance.

Quand les textes répondent à la place des hommes

Le Comité International Olympique va plus loin encore, et son argument est d’une solidité que la tutelle gabonaise n’avait manifestement pas anticipée. Le processus électoral est conforme aux statuts du CNOG dûment approuvés par le CIO lui-même et à la Charte Olympique. Un observateur commun du CIO et de l’ACNOA en la personne de Julien Minavao avait d’ores et déjà été mandaté pour garantir le bon déroulement du scrutin. En d’autres termes, la maison était en ordre bien avant que le ministre ne décide d’en forcer la porte.

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Il convient ici de prendre la mesure de ce qui se joue. En moins d’une semaine, trois instances sportives internationales majeures, la FIFA, la CAF, et désormais le CIO,  ont opposé un refus circonstancié aux interventions du ministre gabonais des Sports. Ce n’est plus une coïncidence, ni même une série de malentendus bureaucratiques. C’est un signal systémique. 

La communauté sportive internationale dit à Libreville, avec toute la politesse ferme qui caractérise le droit institutionnel, que ses procédures d’ingérence ne passent pas l’épreuve des textes. « Nous ne voyons donc aucune raison objective d’associer soudainement la tenue de l’Assemblée Générale Élective du CNOG aux formalités administratives en discussion, étant entendu que l’existence juridique du CNOG n’est pas affectée ni sa capacité à agir », ajoute le courrier. 

Ce passage mérite d’être lu lentement. Le CIO ne dit pas simplement que le report est injustifié, il dit que le lien établi par le ministre entre les formalités administratives nationales et la tenue de l’Assemblée Générale est sans fondement objectif. Autrement dit, l’argument avancé par Paul Kessany pour suspendre le processus électoral du CNOG ne tient pas. Il n’a jamais tenu. Et c’est le Mouvement Olympique mondial qui vient de le consigner par écrit.

Un ministre, trois désaveux et une solitude institutionnelle

La question qui se pose alors, avec toute l’acuité que commande la situation, est celle de la responsabilité. Car si Paul Kessany s’est trompé, et il s’est trompé, car le CIO vient de l’établir sans ambiguïté , il n’a pas seulement engagé son propre crédit dans cette affaire. Il a entraîné avec lui le gouvernement de la Ve République, dont la signature collective couvre désormais une démarche que les instances internationales ont rejetée une à une avec une régularité qui confine à la leçon. Ce qu’il présente comme une prérogative de tutelle, le reste du monde le lit comme une immixtion sans base légale.

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Le silence du gouvernement sur cette accumulation de désaveux est, à lui seul, un aveu. On ne répond pas aux institutions quand on n’a pas de réponse à leur opposer. On laisse passer, on attend que l’attention se déplace, on espère que la séquence s’efface. Mais les courriers restent. Les dates restent. Et les positions du CIO, de la FIFA et de la CAF resteront comme les marqueurs d’une période où le sport gabonais, instrumentalisé par le politique, et par des conflits de cour, a finit par appeler au secours des instances qui, elles, ont répondu.

L’Assemblée Générale Élective du CNOG se tiendra donc bien ce 25 avril. Non pas parce que le ministre des Sports en a décidé ainsi, il en avait décidé l’inverse, mais parce que les textes, les statuts et le bon sens institutionnel ont eu, cette fois, le dernier mot. 

Pour Paul Ulrich Kessany, c’est une triple leçon en quelques jours. Pour le gouvernement gabonais, c’est une question ouverte : combien de désaveux faut-il pour qu’une méthode soit remise en cause et pour qu’un homme soit questionné sur  la légitimité et l’objectivité de sa démarche ? 

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