500 milliards investis en 2 ans mais un pays toujours dans l’obscurité: le paradoxe énergétique signé Steeve Saurel Legnongo

Steeve Saurel Legnongo, Administrateur Directeur Général de la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon fait l’apologie de l’investissement pour un pays pourtant, toujours en proie à une crise énergétique sans précédent © Dépêches 241

Libreville, le 24 mars – (Dépêches 241). Il y a quelques jours, Steeve Saurel Legnongo, Administrateur Directeur Général de la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon, était invité sur le plateau spécial de la chaîne Gabon 24. Dans ses nombreux développements, le patron de la principale société chargée de la distribution de l’électricité sur l’ensemble du territoire national a laissé entendre que le Gouvernement aurait investi près de 500 milliards de francs CFA au cours des deux dernières années pour « répondre à la crise énergétique et rassurer les populations ». Des affirmations qui ont surpris une part importante de l’opinion, au regard des carences énergétiques sévères qui accablent le pays ces deux dernières années.

Où sont donc passés les 500 milliards investis par l’État gabonais sur deux ans pour résoudre la grave crise énergétique qui secoue actuellement le pays ? Dans quoi ont-ils été investis et comment ? C’est désormais, en bon droit, les questions que de nombreux compatriotes se posent, après les récentes déclarations de Steve Saurel Legnongo, ADG de la SEEG. 

Pour rappel, le premier responsable de l’entreprise en charge de la distribution de l’électricité et l’Eau au Gabon était dernièrement sur les antennes de la chaîne Gabon 24 pour s’exprimer sur la crise aiguë qui secoue le pays. « En 2024 et 2025, près de 500 milliards de francs CFA ont été investis par le Chef de l’État pour répondre à la crise énergétique et rassurer les populations », a clamé avec ardeur Steeve Saurel Legnongo. Une sortie qui n’a pas tardé à faire réagir l’opinion publique, laquelle s’interroge, avec raison, sur le chemin emprunté par ces énormes sommes d’argent, au regard des convulsions actuelles du système électrique gabonais.

Plus encore, ces déclarations posent avec acuité la question de la traçabilité de ces investissements. Car une enveloppe de 500 milliards de francs CFA ne saurait être anodine dans un pays où les infrastructures énergétiques constituent un enjeu stratégique majeur. Dès lors, l’opinion attend légitimement des réponses précises : quels projets structurants ont bénéficié de ces financements ? Quels ouvrages ont été réalisés, réhabilités ou renforcés ? Et surtout, comment expliquer que malgré un tel niveau d’investissement annoncé, le réseau électrique national continue de montrer des signes aussi évidents de fragilité ?

La gravité de ces interrogations est d’autant plus grande que les populations, elles, continuent de subir au quotidien des délestages chroniques, parfois pendant de longues heures, plongeant quartiers entiers dans l’obscurité. Dans de nombreuses localités, cette crise énergétique se double même d’une crise tout aussi préoccupante de l’accès à l’eau potable, une grande partie des foyers se plaignant d’une absence prolongée d’approvisionnement. Dans ces conditions, l’annonce d’un investissement de 500 milliards de francs CFA apparaît, pour beaucoup d’usagers, en total décalage avec la réalité vécue au quotidien.

S’il est une raison ayant probablement fait chuter le capital sympathie du Brice Clotaire Oligui Nguema auprès des populations, ce pourrait bien être la crise actuelle de l’énergie. Alors, soutenir dans ces circonstances, avec assurance et d’un air quasi triomphant, que 500 milliards ont été injectés ces deux dernières années pour résoudre le problème de l’électricité au Gabon pourrait être perçu par beaucoup comme un mépris du premier responsable de la SEEG vis-à-vis des désagréments occasionnés par les interminables délestages infligés par sa société à ses nombreux usagers.

Ces déclarations soulèvent d’autres interrogations. Quels chemins lesdits fonds ont-ils empruntés ? Sur quels sites ces milliards ont-ils été injectés ? Les effets de levier attendus par cette action sont-ils déjà perceptibles ? Pourquoi les ménages gabonais continuent-ils d’être plongés dans l’obscurité quotidiennement, alors que l’État aurait consenti à d’énormes sacrifices financiers pour venir à bout des délestages quasi institutionnalisés aujourd’hui ?

Autant de questions qui demeurent sans réponse chez les usagers, et qui semblent, pour l’heure, tordre le cou à l’argumentaire avancé par Steeve Saurel Legnongo. Dans un contexte où la crise énergétique affecte profondément la vie quotidienne des Gabonais, la transparence sur l’utilisation de ces ressources publiques apparaît désormais comme une exigence incontournable.

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